L’irresponsabilité sociale des entreprises

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La Business Roundtable est une organisation qui regroupe quelque 190 PDG des compagnies américaines les plus importantes, actives dans toutes les industries. Depuis une quarantaine d’années, cette association patronale défendait l’idée que la responsabilité des entreprises se limitait à maximiser les profits de leurs actionnaires. La semaine dernière, cette organisation a changé son fusil d’épaule en déclarant que les entreprises américaines devaient non seulement avoir à cœur le portefeuille de leurs actionnaires, mais également les intérêts de toutes leurs parties prenantes : leurs employé·e·s, leurs client·e·s, leurs fournisseurs, les communautés où elles sont installées, etc. Elles s’engagent notamment à offrir de bonnes conditions de travail à leurs employé·e·s et à protéger l’environnement. 

Plusieurs ont affirmé que cette déclaration commune représentait un changement de paradigme. On peut toutefois douter de la bonne foi de ces dirigeants d’entreprises. Précisons que ceux-ci n’ont pas fait de mea culpa, en affirmant que leurs entreprises avaient erré par le passé et allaient se repentir en agissant en bons citoyens dans l’avenir. Ils n’ont fait qu’affirmer qu’ils avaient à cœur les parties prenantes. Difficile d’y voir autre chose qu’une opération de rebranding, purement cosmétique. 

Parmi ces entreprises dont les PDG ont signé la déclaration, plusieurs affichent un bilan peu reluisant à plusieurs niveaux. Au chapitre des conditions de travail, on retrouve certaines des plus grosses entreprises de vente au détail des États-Unis, qui se sont toutes farouchement opposées à la hausse du salaire minimum ou sont connues pour leurs pratiques anti-syndicales (Best Buy, Home Depot, Target, Wal-Mart, Amazon). Apple s’est également attiré de vives critiques lorsque furent révélées les conditions inhumaines de travail de plusieurs de ses fournisseurs en Chine. Amazon, propriété de l’homme le plus riche de la planète, n’a que très récemment accepté de rehausser le salaire de ses employé·e·s d’entrepôt, suite à une campagne de mobilisation efficace.  

Dans le domaine de la finance, plusieurs d’entre elles furent impliquées dans le fiasco des subprimes qui a mené à la pire crise économique depuis la Grande Dépression de 1929 (Goldman Sachs, JP Morgan, Morgan Stanley). Des compagnies de cartes de crédit ont pour leur part profité du surendettement des ménages des dernières décennies (Visa, MasterCard). 

D’autres entreprises ont mis la vie de milliers de personnes en danger en cachant certains risques posés par leurs produits. C’est le cas notamment de Monsanto, dont le Round Up est reconnu comme un produit cancérigène et a valu à la compagnie de payer des milliards de dollars en compensation à la suite de procès médiatisés. 

Boeing fait également partie de ces entreprises délinquantes qui mettent le profit devant la sécurité de la population. Pressé dans les délais de livraison de ses nouveaux appareils, Boeing a tourné les coins ronds dans son processus de vérification de ses systèmes de sécurité. Après l’écrasement d’un premier avion 737 Max le 29 octobre 2018, faisant 189 morts, Boeing a décidé de garder sa flotte dans les airs plutôt que de procéder à de coûteux rappels. Le 10 mars 2019, le même défaut de conception aura causé la mort d’encore 159 passagers, ce qui motiva les pouvoirs publics à clouer les avions au sol et à réviser les processus d’homologation des appareils. 

Enfin, la Business Roundtable compte également dans ses rangs des entreprises du secteur pétrolier (BP, Chevron, Exxon Mobil) qui ont légué les changements climatiques comme menace existentielle pour l’humanité, ainsi que des compagnies d’armements comme Lockheed Martin.

Pour couronner le tout, parmi les 190 PDG de cette organisation, seulement 20 sont des femmes et un seul est noir. Rappelons également que ces chefs d’entreprise gagnent en moyenne près de 300 fois le salaire médian de leurs employé·e·s. 

Une démocratisation du travail, une meilleure répartition de la richesse, une plus grande représentation des femmes et des personnes racisées sur les postes décisionnels, des lois protégeant la population contre toutes les formes de négligence et un plan de transition énergétique sérieux pourraient constituer un changement de paradigme. Notre monde a besoin de bien plus que de beaux discours sur la responsabilité sociale des entreprises.

Commentaire sur l'article

Yves legault

Ça fait plus de 20 ans que je dis que la première responsabilité d'un employeur doit aller à ses employés, la seconde, à ses clients et, quand il en reste, la troisième va à ses actionnaires.
Malheureusement, depuis le reîgne de Reagan-Tatcher, la finance a été systématiquement déréglementée partout dans le monde avec pour conséquence l'endettement permanent de toute la planète. L'endettement permanent est la nouvelle forme qu'a pris l'esclavage et est légalement comme moralement indéfendable.

Que ces 190 PDG aient signé une promesse, ça vaut quoi? Ils nous en ont fait des promesses dans le passé et on a bien vu ou ça nous a menés! Qu'ils mettent leur portefeuille ou leur langue se trouve! On verra après.