L’été c’est fait pour jouer

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L’été, au Québec, arrive généralement avec la Saint-Jean-Baptiste. L’école est finie, les journées sont longues et la température rend les terrasses invitantes. Cette année encore, l’été coïncide avec l’allègement des mesures sanitaires, mais aussi avec une couverture vaccinale qui fait rêver d’un retour à la normale. On n’aura jamais eu autant envie de sortir de chez-soi, de voir du monde et du pays. Mais certain·e·s ne pourront pas prendre une semaine pour échapper à la routine, car pour plusieurs, les vacances sont un luxe difficilement atteignable.

Au Québec, les normes du travail permettent à l’ensemble des travailleurs et des travailleuses salariées d’avoir un minimum de deux semaines de vacances, et d’une troisième après trois ans auprès du même employeur. Deux semaines, c’est très peu sur les 52 que dure une année. Aux États-Unis, le minimum légal est encore plus bas, mais l’Union européenne garantit un minimum de 4 semaines

Ces semaines de vacances sont importantes. Il ne s’agit pas seulement d’occasions de gagner des « like » sur Instagram ou Facebook en publiant des photos de ses aventures touristiques. Ces moments de pause sont essentiels pour refaire le plein d’énergie. Ce sont d’excellents moments pour fabriquer des souvenirs avec ceux et celles qu’on aime, ce qui aide également à tenir le coup quand le travail est trop pénible ou aliénant. De plus, elles ont un effet positif tant sur les personnes qui les prennent que sur leurs collègues et leurs employeurs. Une fois de retour au boulot, la productivité et la motivation augmentent. Il serait donc souhaitable d’offrir aux salarié·e·s plus de deux semaines de vacances afin d’améliorer tant leur qualité de vie que la qualité de leur travail.

Cette année, certaines personnes devront toutefois composer avec moins de temps de vacances que d’habitude. En effet, plusieurs ont dû s’isoler en raison d’un contact avec une personne malade, d’un diagnostic positif à la COVID-19 ou pour s’occuper d’une personne proche contaminée. Dans certains cas, elles ont pu avoir recours aux programmes d’aide du gouvernement, mais d’autres ont épuisé leurs semaines de vacances pour prendre soin d’eux et de leurs proches. Arrive l’été, et il ne reste ni vacances ni congés de maladie. 

Pas de vacances non plus pour les milliers de personnes qui ont perdu leur emploi en raison de la pandémie. Les statistiques à cet égard sont éloquentes. Si des emplois en tout genre ont été perdus lors de la première vague, la reprise a été favorable principalement aux personnes occupant les emplois les mieux rémunérés. N’en déplaise à François Legault qui n'en a que pour les emplois payants, ce sont principalement des emplois à 20$ l’heure ou moins qui manquent encore aujourd’hui, dont plusieurs emplois au salaire minimum. Il serait étonnant que ces personnes aient beaucoup d’économies disponibles pour des vacances. Elles n’ont pourtant pas moins besoin de décrocher de ce quotidien difficile. 

Pour les personnes assez chanceuses pour pouvoir  prendre du temps pour elles cet été, la partie n’est pas gagnée d’avance. Les établissements touristiques de plusieurs régions du Québec affichent déjà complet, et ce, depuis des mois. Les chalets se font rares et semblent de plus en plus hors de prix. Même pour les amateurs de camping, plusieurs lieux prisés, dont les parcs de la SÉPAQ, sont depuis plusieurs mois déjà pratiquement pleins. Ceux qui ont pu mettre la main sur une place ont dû s’y prendre d’avance. Pour certaines personnes, cela voulait dire réserver avant même de savoir quand elles pourraient prendre leurs vacances. Ce genre de risque n’est pas à la portée de tout le monde, tout comme la possibilité de choisir à quel moment prendre ses vacances. Pensons par exemple aux travailleurs et aux travailleuses de la construction, ou à ces entreprises qui choisissent de fermer certaines semaines l’été pour des raisons de gestion de personnel ou de production. La pénurie de main-d’œuvre en service de garde force quant à elle des familles à changer leurs plans d’été en fonction des ruptures de service annoncées. Tous ces cas de figure limitent grandement la flexibilité dans la planification des vacances, une flexibilité rendue presque obligatoire dans un contexte où la grande majorité des Québécois·es prendront des vacances dans la province. 

Au moins, avec le retour en zone verte de l’ensemble des régions du Québec, les visites chez la famille et les ami·e·s redeviennent possibles. Il peut également être agréable de découvrir sa propre ville ou sa propre région le temps d’une journée ou d’une fin de semaine. Ça reste bien peu pour les personnes qui ont besoin de décrocher, mais en attendant une politique de vacances qui prend vraiment en considération l’équilibre travail-vie, c’est mieux que rien.

 

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