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Harper et Cameron : deux irréductibles partisans de l’austérité

12 mars 2012


Le mois dernier, les âmes-sœurs conservatrices Stephen Harper et le premier ministre britannique, David Cameron, sermonnaient les dirigeants de la zone euro à Davos, en Suisse, leur expliquant comment se ressaisir. Comme ils le font depuis la rencontre du G20 à Toronto, les deux prêchaient l’austérité fiscale pour résoudre misères économiques de l’Europe et du monde.

Les deux sont des partisans de l’«austérité expansionniste», une doctrine qui soutient que la réduction agressive du déficit à l’aide de coupures dans les dépenses, est un pré-requis essentiel pour restaurer la confiance des entreprises et des consommateurs, et par conséquence, la croissance et la création d’emplois.

Le gouvernement de Cameron a commencé sa campagne d’austérité —la plus draconienne depuis la Seconde Guerre mondiale— au milieu de l’année 2010. Selon le National Institute of Economic and Social Research, la performance économique britannique jusqu’à maintenant est en fait pire qu’elle ne l’était durant la Grande Dépression. D’antan, le rendement global avait, à la quatrième année de crise, regagné son sommet pré-1929. Cette fois, il demeure encore très loin. À la fin de l’année 2011, le PIB était encore 3,8% sous son niveau d’avant la crise. L’économie britannique s’est en fait contractée dans le dernier trimestre de 2011, et l’on prédit qu’elle replongera en récession en 2012. De plus, le fardeau de sa dette continue d’augmenter.

Le taux de chômage est présentement à 8,4%, et l’Institute for Fiscal Studies prédit qu’il s’élèvera au-dessus de 9% en 2012. Le revenu médian des ménages a encore chuté en 2011, de 7%, la baisse la plus marquée depuis 35 ans. La confiance des consommateurs s’est effondrée depuis que Cameron a annoncé son plan d’austérité. La confiance des entreprises est également sur une pente glissante.

Et même si le programme a été appliqué à pleine vitesse depuis un an, la majeure partie des coupures aux services publics et aux prestations sociaux sont encore à venir.

Le gouvernement Harper a commencé à resserrer la vis fiscale au début de 2011, avec des coupures importantes attendues dans le budget qui doit être déposé dans quelques semaines.

Malgré ce que prétend le gouvernement, la performance de l’économie canadienne manque de lustre. Elle a repris une part du rendement global perdu durant la récession, principalement grâce à une forte demande pour ses exportations de marchandises. Néanmoins, le PIB par habitant n’a pas encore rejoint son sommet d’avant la récession. L’économie, qu’on prévoyait voir reprendre avec puissance en 2011, était au point mort dans les derniers mois de 2011. Et le taux de chômage officiel a remonté à 7,6%.

La confiance des consommateurs a baissé drastiquement depuis l’an dernier (Nanos et RBC); l’index de confiance des entreprises du Conference Board, en montagnes russes dans les derniers mois, est bien en-dessous de ce qu’il était l’an dernier. L’avertissement lancé à Davos par les dirigeants de 11 organisations internationales —incluant les Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce— au sujet des risques économiques et sociaux des programmes d’austérité n’a convaincu ni Cameron ni Harper de changer de cap. Également sans effet, une étude exhaustive des économistes du FMI se penchant sur les programmes gouvernementaux d’austérité dans 17 pays au cours des 30 dernières années concluait que de plus faibles économies sont la conséquence inévitable de l’austérité gouvernementale.

Les deux dirigeants conservateurs foncent, malgré les preuves écrasantes du fait que l’austérité expansionniste —une idée aux fondements purement fantaisistes selon Paul Krugman, prix Nobel d’économie— ne fonctionne tout simplement pas. Ont-ils simplement été induits en erreur? C’est peu probable, bien que la base électorale conservatrice sont réceptifs aux appels à l’austérité. Je crois qu’ils sont conscients des risques et prêts à garder le cap peu importe si la stratégie fonctionne ou pas, peu importe les dommages sociaux et économiques qu’elle pourrait causer. Mais dans quel but?

Une motivation plus profonde donne un sens à leurs actions, c’est ce qu’il faut reconnaître. À la fois Harper et Cameron utilisent la crise pour faire progresser leur objectif à long-terme: transformer la relation entre les économies publique et privée en rapetissant la première. Ils veulent passer d’une prestation publique collective de services disponibles pour tous et toutes à une prestation privée à but lucratif de services qui varient selon la capacité de payer.

Au final, ils veulent remplacer, de façon significative, les protections publiques actuelles contre la maladie, la retraite, le chômage, etc. des familles de classe moyenne qui manquent cruellement d’argent par des «solutions axées sur le marché». Néanmoins, cette perspective misant sur un contrat social réduit à sa plus simple expression n’est ni stable ni viable à long-terme selon moi. Dans un environnement où le taux de chômage élevé et les revenus en baisse deviennent la norme; où l’écart entre les très riches et le reste de la population continue de s’agrandir alors que la rémunération exorbitante des p.-d. g. monte toujours en flèche; où les entreprises et les gouvernements exigent des réductions salariales de leurs employés; et où la classe moyenne ne cesse de s’amenuiser—c’est une recette pour un long hiver de grogne sociale.

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