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Conjoncture économique mondiale : Êtes-vous optimiste ou pessimiste?

18 septembre 2013

  • Guillaume Hébert

La question de la Syrie a monopolisé l’attention lors de la rencontre des chefs d’État du G20 à St-Petersbourg les 5 et 6 septembre 2013. Ces rencontres sont aussi l’occasion de faire le point sur l’état de l’économie mondiale. À ce sujet, tant des points de vue optimistes que pessimistes ont été exprimés. Faisons un tour d’horizon des éléments qui caractérisent actuellement cette conjoncture économique globale.

Certain.e.s sont donc optimistes, comme on peut le lire dans cet article du Globe and Mail. Cet enthousiasme repose sur plusieurs nouvelles venues des États-Unis dont l’augmentation de 2% annualisé de la consommation, l’augmentation de 12,1% de la valeur des maisons sur un an ainsi que le taux de chômage à 7,3%, le niveau le plus bas de l’après-récession. Les auteurs soulignent aussi le taux d’endettement des ménages le plus faible en une décennie, à 90% du revenu disponible (à titre comparatif, le niveau d’endettement des ménages canadiens oscille au-delà de 160%).

Cet entrain repose essentiellement sur des indicateurs devant être relativisés ou des nouvelles appelées à être invalidées au prochain trimestre. Ainsi, on s’attend à ce que les États-Unis poursuivent avec des coupures budgétaires sévères en 2013, ce qui aura des conséquences néfastes sur la reprise étatsunienne et donc sur la conjoncture économique mondiale. À cet égard, le Fonds monétaire international (FMI) a encore assumé son « nouveau » rôle auprès des puissances occidentales, mettant en garde contre la véritable préoccupation qui se profile, celle d’une possible très lente reprise économique s’échelonnant sur de nombreuses années.

Du côté de l’emploi, on esquive parfois un peu trop vite les bémols, comme le fait que les nouveaux emplois sont très majoritairement à temps partiel. Il faut aussi questionner la qualité de ces emplois ainsi que la part de réduction du taux de chômage causée par le fait que plusieurs travailleuses et travailleurs sans emploi ont simplement cessé d’en chercher un.

Le ralentissement économique de la Chine et d’autres pays « émergents » telles que le Brésil est désormais une donnée qui inquiète davantage la communauté internationale que la crise de l’euro (ce qui d’ailleurs n’a pas manqué de soulager le président de la Commission européenne…). Ce ralentissement serait en partie dû à la hausse progressive des taux d’intérêt aux États-Unis ce qui occasionne un déplacement de l’argent des investisseurs internationaux vers les États-Unis, en défaveur des économies émergentes. En somme, c’est la fin de « l’argent facile » pour ces États.

Bref, l’enthousiasme cité plus haut repose une fois de plus sur bien peu de choses et ferme les yeux sur les causes structurelles de problèmes économiques mondiaux. Comme si la soif d’une reprise économique vigoureuse était tellement forte qu’elle fait apparaître des mirages aux commentateurs économiques.

Du côté des progressistes

Loin des pronostics qui font preuve d’un optimisme sans fondement, certain.e.s mettent de l’avant une stratégie de reprise reposant sur autre chose que du vent. L’ancien économiste en chef du Congrès du travail canadien, Andrew Jackson, figure parmi ces hétérodoxes qui proposent de sortir du dogme néolibéral actuel. Il suggère de relancer la croissance économique tout en répondant aux besoins de la population plutôt que ceux de quelques traders mégalomanes de Wall Street :

While a relaxation of fiscal austerity would be welcome, the more important point is that most G20 leaders have failed to fully grasp the underlying cause of stagnation. In a nutshell, this is the fact that there is a large structural gap between the ability of the world to produce goods and services, and the ability of the world to purchase those goods and services.

Il reprend en fait les conclusions du rapport que Lavoie et Stockhammer ont produit pour le Bureau international du travail (BIT) à la fin de l’année 2012. Ce document élabore une sortie de crise beaucoup plus intéressante que les incantations désespérées des politiques d’austérité :

While higher wages could potentially erode profitability and thus undermine investment, the paper argues that higher wages would boost demand and business confidence, and spur businesses to invest in capital and skills so as to raise productivity. The key conclusion is that a global increase in wages (supported by concerted government action to support labour rights, higher minimum wages and enhanced social security) could set the stage for a more significant and longer-lasting economic recovery.

Ainsi, Jackson, Lavoie et Stockhammer avancent que l’augmentation des salaires va doper la demande et par la bande la confiance des entreprises qui, rappelons-le, restent toujours à ce jour assises sur des piles de liquidités. En combinant ces hausses de salaire à des politiques gouvernementales responsables en matière de droit du travail, de salaire minimum et de sécurité sociale, le rebond économique pourrait enfin être réel. Cette contribution est intéressante.

Sans oublier la crise écologique

Il manque néanmoins un bout à cette proposition très keynésienne et donc ancrée dans le paradigme de la croissance. Il manque la finalité nécessairement écologique de cette nouvelle activité économique.

C’est fréquemment le point faible des propositions économiques mises de l’avant par certains courants progressistes qui peinent à se distancer de ce paradigme. Il faut nécessairement et absolument que ces nouveaux investissements soient ceux qui déclenchent une véritable « révolution verte » (et pas celle de l’industrialisation de l’agriculture) et non simplement une reprise comme si rien ne devait changer.

Dans le marasme qui semble durablement définir la décennie des années 10, investir, c’est-à-dire « dessiner les contours de l’économie de demain » selon la jolie formule du professeur Éric Pineault, doit nécessairement équivaloir à la mise en chantier d’une refondation profonde de la structure économique de manière à pouvoir répondre aux défis tant écologiques que économiques. À supposer qu’on puisse réellement toujours distinguer ces deux mots.

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