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Un budget 2026-2027 sur la route de l’austérité

19 mars 2026

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4min

  • Maxim Fortin

Une seule conclusion s’impose après le dépôt du Budget 2026-2027 du ministre Eric Girard: derrière un discours de prudence et de responsabilité se profile une orientation résolument austéritaire, dont les conséquences risquent d’être profondes pour l’ensemble des services publics et, par ricochet, pour la qualité de vie de la population québécoise.

Bien que le contexte économique international soit incertain et appelle à une certaine vigilance, nous sommes surpris de voir le gouvernement caquiste en faire si peu pour répondre aux préoccupations citoyennes en santé, en éducation, en transport collectif et dans l’ensemble des services publics. Les mesures ponctuelles apparaissent davantage comme un exercice de communication politique que comme une réponse structurante aux crises multiples que traverse actuellement le Québec.

Le cœur du problème réside dans le cadre budgétaire lui-même. Depuis l’annonce du plan de retour à l’équilibre budgétaire, le gouvernement s’est engagé dans une trajectoire de réduction des dépenses qui, année après année, se confirme. Le présent budget ne fait pas exception. Bien au contraire, il consolide cette orientation en limitant la croissance des dépenses publiques à un niveau inférieur à celui requis pour simplement maintenir les services existants. En fait, si l’on considère l’ensemble des dépenses de portefeuille du gouvernement québécois, il manque près de 2,6 G$ pour couvrir l’augmentation des coûts. En éducation, les hausses d’investissements annoncées (2,3%) ne seront pas suffisantes pour maintenir les services à leur niveau actuel. Selon les estimations de l’IRIS, il faudrait une hausse des dépenses de 3,8 % en éducation et l’injection de 330 M$ simplement pour maintenir le seuil minimal de services si on tient compte de la hausse des coûts liée à l’inflation, aux augmentations salariales et à la hausse du nombre d’usagers.

Le gouvernement Legault reconnaît les crises sociales… mais ne se donne pas les moyens d’y remédier. En guise d’exemple, il propose de convertir 5000 places de garde non subventionnées en places subventionnées, mais n’ajoute aucune place pour combler les besoins des familles, renonçant de facto à atteindre l’objectif de créer 46 000 nouvelles places qu’il s’était donné en 2021.

Par ailleurs, l’approche économique de la CAQ est inadaptée au contexte actuel et contradictoire. Alors que le gouvernement insiste sur la nécessité de transformer l’économie face aux crises économiques, il continue d’appliquer sa recette perdante : se fier sur le secteur privé et l’exploitation des ressources naturelles. Pour preuve, le dernier budget prévoit 375 M$ sur cinq ans pour soutenir le secteur de la défense et des secteurs dit innovants, comme l’intelligence artificielle. Il annonce également 1 G$ pour les minéraux critiques stratégiques. Ici, il semble clair que peu de leçons ont été tirées du dossier Northvolt.

Pire, il consolide le règne de l’automobile et tourne en partie le dos au transport collectif. La part des investissements du plan des infrastructures consacrée au réseau routier est de 71,1%, contre seulement 28,9% pour le transport en commun. Rappelons qu’entre 2020 et 2025, les investissements dans le réseau routier ont connu une augmentation de 9 G$, contre seulement 900 M$ dans les transports en commun. En fait, le gouvernement consacre 2,5 fois plus d’argent au réseau routier qu’au transport en commun.

Face à ces constats, le gouvernement pourrait répliquer qu’il ne peut en « faire plus », faute de moyens. Or, avoir le sens des responsabilités fiscales et sociales en 2026 implique de trouver des moyens d’en faire plus, de trouver de nouvelles sources de revenus. La CAQ a fait exactement l’inverse depuis 2018, faisant passer le taux marginal d’imposition pour les entreprises de 12,8% en 2018 à 7,9% en 2026. En comparaison, en 2026, le taux est de 13,2 % pour le Canada et de 17,6 % pour les États-Unis. Le gouvernement se prive cette année de 1,8 G$ en raison des baisses d’impôt passées.

L’IRIS calculait récemment qu’avec les baisses d’impôt aux particuliers consenties par Québec depuis 1998, l’État se prive aujourd’hui plus de 12 G$ par année. Ces choix, présentés comme des allègements pour les contribuables, ont en réalité pour effet de limiter la capacité du gouvernement à financer adéquatement les services collectifs. Ainsi, l’austérité actuelle n’est pas une fatalité économique, mais la conséquence directe de décisions politiques antérieures.

En somme, le budget 2026-2027 illustre un paradoxe troublant : alors que le gouvernement est au courant des défis auxquels fait face la société québécoise, il se prive des moyens nécessaires pour y répondre efficacement. L’austérité qui se dessine n’est pas le fruit d’une contrainte inévitable, mais celui d’une vision politique qui privilégie la réduction des dépenses et les allègements fiscaux au détriment des investissements collectifs.

Cet article est d’abord paru sous forme de lettre dans l’édition du 19 mars 2026 du Devoir

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