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Budget 2026 : le Québec s’engage de plain-pied dans l’austérité

18 mars 2026

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12min


Le ministre des Finances Eric Girard présentait aujourd’hui son budget pour 2026-2027 dans un contexte marqué par l’incertitude économique à l’échelle internationale et la tenue prochaine d’élections. Un contexte préélectoral qui donne lieu à une pléthore de petites mesures qui laissent croire que le gouvernement est à l’écoute des préoccupations de la population québécoise. Elles illustrent toutefois son incapacité à remédier aux crises que traverse le Québec, faute d’une approche structurante et d’un renforcement des missions sociales de l’État. Le gouvernement se vante d’avoir remis de l’argent dans les poches des Québécoises et des Québécois, mais les montants dont il se prive en raison de la baisse d’impôt de 2023-2024 et de l’uniformisation de la taxe scolaire depuis 2018-2019 privent le gouvernement de 3,0G$ en 2026-2027 seulement. Un manque à gagner qui fragilise davantage les services publics dont dépend la qualité de vie de la population québécoise.

Cadre budgétaire

Il y a un an, lors de la présentation du plan de retour à l’équilibre budgétaire, plusieurs observateurs étaient frappés de voir la diminution drastique des dépenses qu’il faudrait concrétiser pour atteindre l’objectif d’une résorption du déficit pour l’année 2029-2030. Or, cette année, malgré l’approche de l’échéance électorale et le saupoudrage de mesures, le gouvernement suit bel et bien le plan qu’il avait annoncé et s’engage dans une phase de coupes budgétaires importantes.

Certes, le budget de la santé et des services sociaux (+4,1 %) est tout juste suffisant pour couvrir l’augmentation des coûts du système (estimée par l’IRIS à 4 %). Mais la hausse de 2,4% des dépenses en éducation est insuffisante puisque l’augmentation requise était de 3,8 %.

De façon beaucoup plus drastique, le budget de tous les autres portefeuilles (hors santé et éducation) diminuera de 1,2 % alors qu’il aurait fallu l’augmenter de 2,3 % pour couvrir les coûts du système. En somme, les dépenses de programme du gouvernement québécois augmenteront de 1,6 % alors qu’on aurait eu besoin de 3,2 % pour absorber les coûts du système. Le manque à gagner qui correspond à la différence entre les deux chiffres s’élève à 2,6 G$. Le Québec est en austérité.

Le graphique suivant, qui apparaît à la page F.67 du plan budgétaire, montre la réduction drastique des dépenses que concrétise le gouvernement québécois dans l’exercice budgétaire qui s’amorcera le 1er avril.

Non seulement le gouvernement québécois s’engage à tête baissée dans l’austérité, il le fait même si les finances publiques ont bénéficié d’une embellie considérable au terme de l’exercice budgétaire qui se termine. En effet, lors du dépôt du précédent budget il y a un an, le gouvernement prévoyait enregistrer un déficit comptable de 11,4 G$ en 2025-2026 (1,8 % du PIB). Les chiffres révisés annoncent plutôt un déficit de 7,7 G$ (1,2 % du PIB).

Pour l’exercice 2026-2027, le gouvernement québécois prévoit des revenus de 166 492M$ et des dépenses de 170 757M$, ce à quoi il ajoute une « provision pour éventualités » (une marge de manœuvre en cas d’imprévu) de 2 G$ pour un déficit de 6,3 G$ (0,9 % du PIB). En somme, le déficit se résorbe rapidement, mais cela se fait au prix de coupes drastiques dans les services.

On trouve une petite consolation en constatant à quel point le gouvernement met désormais l’accent sur le déficit comptable plutôt que le déficit après les versements aux Fonds des générations, un indicateur qui biaise l’ampleur du déficit en le gonflant inutilement. Reste à voir si cette évolution positive sera reprise par les médias et, qui sait, le grand public.

Nouvelles dépenses

Le gouvernement annonce 2,1G$ en nouvelles dépenses comparativement à 2,8G$ dans le budget de l’année dernière. Ces nouvelles mesures se déclinent en trois grandes catégories : (1) l’accélération de la transformation économique du Québec, (2) le soutien des grandes missions de l’État et (3) l’appui aux Québécois et aux communautés avec des « gestes ciblés ».

Appuyer les grandes missions de l’État

Santé

Le soutien aux grandes missions s’élève à 910M$ pour 2026-2027. De ce montant, la santé recevra 400M$, dont 162M$ pour une mystérieuse « consolidation de l’offre de soins et services » en santé et services sociaux, 150M$ pour améliorer l’accès aux médicaments à travers une offre accrue de traitements et 40M$ pour réduire les listes d’attente en chirurgie. Toujours en santé, le gouvernement prévoit 10M$ (une somme qui grimpera ensuite à 20 M$ par année) pour accroître l’offre de service par les pharmaciens, 5M$ (qui passera ensuite à 10 M$ par année) pour mettre en œuvre le nouveau mode de rémunération des médecins ainsi qu’un autre 10M$ par année pendant trois ans pour « soutenir la coordination des actions gouvernementales en première ligne ».

Éducation et enseignement supérieur

Le budget prévoit également 165M$ en éducation, dont 50M$ pour aménager des salles modulaires pour combler les besoins urgents d’espace, ce qui, comme le déficit d’entretien, montre la planification déficiente dans ce domaine. Le gouvernement cherchera par ailleurs à réduire la pénurie de main-d’œuvre en favorisant le retour de personnes retraitées (37M$), mais aussi en rendant les postes temporaires moins précaires (15M$). À propos de cette dernière mesure, l’IRIS formulait une proposition de réduction de la précarité du personnel scolaire qui coûterait 300M$ par année, ce qui montre l’aspect pratiquement symbolique de l’approche gouvernementale.

Enfin, en enseignement supérieur et en formation, le budget annonce 105M$ de dépenses en 2026-2027, dont quelques millions en recherche pour le CIRANO, la Chaire en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke, le Centre sur la productivité et prospérité des HEC et pour l’Institut du Québec… mais rien pour l’IRIS malheureusement. Blague à part, le budget annonce le prolongement de l’allocation d’aide à l’emploi (48M$) qui permet aux personnes en recherche d’emploi de « bénéficier d’une aide financière durant leur participation à certaines mesures d’intégration en emploi » (p. C.30). Il annonce aussi 30 M$ pour la formation de diplômés dans les secteurs « stratégiques » aux yeux du gouvernement caquiste : la défense, l’IA, la cybersécurité et les minéraux critiques.

Sécurité

Enfin, en ce qui a trait aux grandes missions de l’État, il est notable que l’un des plus grands montants annoncés (150M$) pour l’année à venir concerne « les activités de prévention et d’intervention en matière de sécurité », ce qui inclut les dépenses causées par les changements climatiques. Il faut s’attendre à ce que ce chiffre augmente de plus en plus rapidement avec les événements climatiques extrêmes causés par la crise environnementale dont le gouvernement fait peu de cas.

Appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés

Le budget prévoit des mesures pour « appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés », qui totalisent 742,3M$ pour 2026-2027.

Services de garde

À cet égard, deux mesures qui coûteront ensemble 89,4M$ en 2026-2027 retiennent l’attention.

Premièrement, l’extension du réseau subventionné des services de garde éducatifs à l’enfance par la conversion de 5000 places non subventionnées, une mesure qui coûtera 22,4M$ cette année. Le financement de places en services de garde vise notamment les régions plus défavorisées, mais ne créant pas de nouvelles places, cette mesure ne pourra combler les besoins pour les parents toujours en attente d’une place ni renforcer le réseau des centres de la petite enfance, qui pâtit depuis des années de la préférence des gouvernements pour le réseau privé. Avec 34 000 nouvelles places créées au 31 janvier 2026, le gouvernement est sous l’objectif d’environ 46 000 qu’il s’était donné en 2021 (p. D8).

Mentionnons également que dans le Plan québécois des infrastructures, on constate une réduction de 33,6% du financement des services de garde éducatifs à l’enfance. Concrètement, cela annonce une réduction des investissements pour rénover les garderies existantes et en construire de nouvelles, alors qu’il y a déjà un manque criant de places pour les enfants. Rappelons que les sommes attribuées à ce secteur avaient été réduites de 18,4% l’année dernière.

Deuxièmement, le maintien du plafonnement de la croissance de la taxe scolaire à 3 % représente une dépense de 67M$ en 2026-2027. Cette mesure bénéficiera aux propriétaires, tout en continuant de priver l’État de revenus provenant d’une des deux seules mesures d’imposition du patrimoine au Québec avec la taxe foncière. En additionnant l’effet de l’uniformisation de la taxe scolaire cette année, c’est 1,2G$ en moins cette année dans les coffres de l’État (p. D9).

Populations vulnérables

Le budget prévoit 60,8M$ en mesures pour l’itinérance et les problèmes de santé mentale. Parmi celles-ci, 5,1M$ permettront en 2026-2027 d’accorder 1 000 nouvelles unités du Programme de supplément au loyer d’urgence en prévision du 1er juillet (et environ 8M$ par année pour les deux années suivantes). Cette mesure doit éviter que des personnes se retrouvent à la rue, mais elle ne permet ni de créer des logements à l’abri de la spéculation et des hausses de loyer, ni aucun nouveau logement social, la seule catégorie de logement réellement abordable.

Le gouvernement Legault continue de faire des efforts pour lutter contre les violences conjugale et sexuelle, en consacrant cette année 55,8M$ à cet objectif. Il est à craindre que les 12,0M$ qui visent à « rehausser le soutien aux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence » ne seront cependant pas à la hauteur des besoins de ces organismes communautaires qui peinent à offrir de nouvelles places et à améliorer les conditions de travail de leur personnel (p. D15).

Logement

Le budget prévoit 292,3M$ pour soutenir l’accès au logement. De ce montant, 46,1M$ permettront de construire 1000 logements dits abordables dans le cadre du Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ). Par contre, on ne retrouve aucune mention d’une préférence pour les organismes à but non lucratif, qui rencontrent des difficultés pour mener à bien des projets à travers le PHAQ depuis sa création.

Les 52,7M$ prévus pour financer le déficit d’exploitation de logements ainsi que le montant de 118,5M$ pour rénover le parc d’habitations à loyer modique sont les bienvenus, bien qu’ils nous rappellent l’absence de sommes pour créer de nouveaux logements sociaux, ce qui est pratiquement une constante depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ en 2018.

Organismes communautaires

80,8M$ sont prévus pour renforcer les services aux personnes vulnérables, dont 45,6M$ pour appuyer les organismes communautaires (notamment en soutenant leur mission globale) et 21,0M$ pour l’organisme Les banques alimentaires du Québec. Comme les mesures prévues pour le logement, l’itinérance ou les femmes victimes de violence conjugale, ces sommes montrent que le gouvernement reconnaît l’existence des multiples crises sociales que traverse le Québec, mais échoue à mettre l’effort nécessaire pour y remédier. Le gouvernement se « vante » au contraire de se priver notamment d’un montant de 1,8G$ en 2026-2027 en raison des baisses d’impôt consenties depuis 2018-2019.

Soutien aux communautés

Les 130,9M$ en 2026-2027 pour assurer la résilience des communautés sont répartis entre plusieurs petites mesures qui visent à aider les municipalités et des institutions à entretenir leurs infrastructures, ainsi qu’améliorer certains services comme le transport aérien interrégional, puis, de manière plus marginale, à protéger ou restaurer des écosystèmes, à soutenir les communautés autochtones et à encourager la pratique de sports et loisirs. Le soutien à l’adaptation et à la lutte contre les changements climatiques se voit accorder une somme de 49,2M$ en 2026-2027, essentiellement pour des mesures d’aide à la rénovation et d’efficacité énergétique dans le secteur résidentiel. Bref, des mesures intéressantes, mais d’une ampleur dérisoire en comparaison avec celle de la crise écologique en cours.

Culture

Les mesures pour faire rayonner la culture et le patrimoine culturel québécois totalisent cette année un maigre 32,3M$. Ce maigre engagement, qui comprend notamment 13,0M$ pour maintenir le financement de la culture à l’école et des sorties scolaires en milieu culturel, montre là encore que le gouvernement est au courant des préoccupations de la population québécoise. Il témoigne cependant d’une incapacité à agir de manière structurante dans un contexte où le milieu culturel a formulé de nombreux avertissements au sujet de la précarité des artistes, des travailleurs et travailleuses culturelles ainsi que des organismes et institutions culturels et artistiques.

Accélérer la transformation économique du Québec

Politiques économiques et aide aux entreprises

Sous prétexte « d’accélérer la transformation économique du Québec », le gouvernement annonce une panoplie de mesures pour aider les entreprises. Il s’agit dans la plupart des cas de crédits d’impôt et de fonds additionnels dans des programmes visant à favoriser « l’innovation », les « secteurs d’avenir » et les « technologies de pointe ». Les secteurs dont il est question incluent notamment l’intelligence artificielle et la défense.

En misant sur ces secteurs, le gouvernement semble jouer à la roulette russe avec l’argent des Québécoises et des Québécois. En effet, dans le premier cas, des rapports récents ont montré que l’intelligence artificielle avait peu contribué à l’amélioration de la compétitivité des entreprises, alors que plusieurs analystes craignent l’éclatement de la bulle de l’IA et que les conséquences environnementales de ce secteur sont bien documentées. Dans le second cas, des études montrent que l’industrie militaire contribue moins à l’économie et à l’emploi que d’autres secteurs plus structurants comme la santé ou la recherche scientifique, tout en ayant des impacts écologiques plus grands.

De manière générale, les mesures d’aide aux entreprises présentées dans ce budget montrent que le gouvernement n’a pas intégré la question écologique à sa conception de l’économie. À titre d’exemple, pour protéger l’industrie forestière menacée par les tarifs américains, le gouvernement se contente de réduire les redevances des entreprises pour « améliorer leur compétitivité ». Il passe ainsi à côté d’une occasion de proposer des mesures pour favoriser la transformation locale et l’aménagement forestier durable.

Transport en commun

En matière de transport, les investissements prévus au Plan québécois des infrastructures sont essentiellement les mêmes que ceux qui avaient été annoncés l’année dernière. On constate donc un déséquilibre persistant entre le réseau routier et le transport collectif, à la faveur du premier. Le réseau routier reçoit en effet 71,1% des investissements en transport, contre 28,9% pour le transport collectif. Rappelons qu’entre 2020 et 2025, les investissements dans le réseau routier ont connu une augmentation 10 fois plus élevée que celle du transport en commun (9G$ contre 900M$). En refusant de soutenir davantage le transport en commun, le gouvernement maintient l’hégémonie de l’automobile. Dans le contexte d’incertitude actuel, la dépendance au pétrole expose pourtant le Québec à des risques économiques.

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