Employés pauvres, pdg millionnaires

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À Montréal, un supermarché a ouvert ses portes à quelques semaines de Noël. Aussitôt le magasin inauguré, on a vu affluer à la soupe populaire du coin des employés du nouveau commerce venus profiter des repas à prix modiques qu’on y sert chaque jour. Cette anecdote, loin d’être anodine, illustre avec force la situation de milliers de travailleurs et de travailleuses qui vivent dans la pauvreté malgré le fait qu’ils occupent un emploi.

En 2017, la moyenne du salaire horaire versé aux employés à temps plein pour les caissiers œuvrant dans le secteur du commerce de détail au Québec était de 12,80$. Pour être viable, c’est-à-dire pour atteindre un niveau permettant tout juste de couvrir les besoins de base, la rémunération d’un travailleur ou d’une travailleuse aurait dû s’élever à 13,15$ l’heure en moyenne au Québec cette année-là.

Hausser les salaires dans le commerce de détail permettrait évidemment d’améliorer le sort de milliers de gens. Une telle mesure constituerait aussi, comme on l’a souligné auparavant, un moyen efficace de recruter et de fidéliser le personnel alors que le marché de l’emploi est marqué depuis quelques années déjà par une rareté de la main-d’œuvre. Les caissiers sont parmi les 25 professions qui affichaient le plus grand nombre de postes vacants au Québec au 2e trimestre de 2019, tandis que les magasins d’alimentation figuraient parmi les 10 industries ayant le plus grand nombre de postes vacants.

Or, on a appris récemment que le groupe de supermarchés et de pharmacies Metro misera plutôt sur les caisses en libre-service pour faire face à ce problème persistant. À défaut de parvenir à embaucher du nouveau personnel, l’entreprise prévoit doubler son nombre de magasins dotés de telles caisses. Offrir des salaires plus décents à ses employés ne semble donc pas être une option pour l’entreprise qui, avec Sobeys, Loblaws et Wal-Mart, domine le secteur des magasins d’alimentation au Québec.

La décision a de quoi étonner. Suite à l’acquisition de Jean Coutu par Metro en 2018, les actionnaires avaient en effet décidé de récompenser le pdg Éric La Flèche en faisant presque doubler sa rémunération, qui est passée de 3,5 millions de dollars à 6,6 millions de dollars. Comme le rapportait à l’époque le Journal de Montréal, « “En reconnaissance de sa contribution à la transaction”, le dirigeant a eu droit à un “octroi spécial” de 412 000$ en actions du détaillant […]. À cela s’est ajouté pour plus de 1 million $ d’actions qui lui ont été attribuées en vertu du “régime d’intéressement” habituel. […] Le conseil d’administration de Metro a également cru bon de bonifier le régime de retraite de M. La Flèche. Celui-ci aura désormais droit à une pension de 1 million $ par année s’il reste en poste jusqu’à l’âge de 63 ans, contre 750 000 $ auparavant. » Résultat : le salaire du pdg de Métro était 354 fois plus élevé que celui de l’employé moyen de la chaîne de supermarchés en 2018.

Alors qu’on justifie généralement les rémunérations exorbitantes que touchent les hauts dirigeants comme M. La Flèche par la nécessité d’attirer les meilleurs candidats et de les retenir, on n'applique jamais cette logique aux salariés au bas de l'échelle. Force est de constater que les grandes entreprises ont les moyens de bonifier les conditions salariales de leurs employés, mais elles choisissent volontairement de ne pas le faire.

Pendant ce temps, le phénomène des travailleurs pauvres persiste dans les sociétés riches comme le Québec. Le Bilan faim 2019 montre que 13,5% des personnes âgées de 18 à 64 ans qui ont fréquenté une banque alimentaire cette année occupaient un emploi. Par-delà la générosité qui s’exprime année après année durant la période des Fêtes, il faudra revoir de fond en comble les objectifs et l’organisation de notre économie pour que cessent de se reproduire de telles inégalités.

 

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Commentaire sur l'article

Claire Noël

En ce temps des Guignolées, je suis de plus en plus révoltée par la richesse des quelques dizaines de patrons d'entreprises qui "valent" !!! des millions en salaires. Qui participe à ces guignolées ? Le citoyen de la classe moyenne et moyenne-supérieure? Que font les richissimes ? Ils se donnent belle image avec leurs fondations. Ils essaient de nous faire croire qu'ils "donnent" aux pauvres qu'ils choisissent quand, en réalité, ils ne doivent utiliser qu'un petit % de leur fonds et pouvoir ensuite les déduire de leurs impôts… Quelle farce que ces fondations ! En plus de pouvoir utiliser les paradis fiscaux en toute liberté, ils veulent nous persuader qu'ils sont généreux. Qu'attendons-nous pour prendre conscience et agir énergiquement cad refuser un tel état de faits dans ce Québec où le mot économie prime sur bienveillance, répartition, respect et solidarité envers les démunis de tous les âges. J'ai publié en janvier dernier un essai plaidoyer VIVRE DANS LA DIGNITÉ ET NON DANS LA PAUVRETÉ et je considère qu'il est de plus en plus d'actualité malheureusement..

Richard Bernier

C'est avec une profonde tristesse que l'on peut constater que pour un nombre de plus en plus grand de personnes, que Vivre dans la dignité est un rêve qui devient de plus en plus irréalisable. Le cœur est-il devenu un organe complètement calcifié chez des dirigeants d'entreprises qui n'ont les yeux rivés seulement que sur leur calculatrice de leurs téléphones cellulaires dernière génération et non plus sur les humains qui ont contribué au développement de la société et qui se font remerciés de leurs efforts en se faisant reclassés comme inutiles maintenant que la fortune de ces mêmes dirigeants est assurée.

Yves Legault

Le revenu de citoyenneté serait un palliatif à la situation actuelle... Mais rien de plus.

Ce qu'il faut réellement, c'est de changer quelques paradigmes:
1- Un revenu d'emploi est le seul moyen de "gagner sa vie".
2- Taxer la sueur plutôt que le profit.
3- La bourse sert exclusivement les intérêts de l'oligarchie ploutocratique.
4- Le libre échange est une bonne chose.
5- Le concept d'actionnariat.

Le premier est la source de l'esclavage!
Le second est simplement et irrémédiablement illogique!
Le troisième est éminemment anti-social!
Le quatrième est exact uniquement en ce qui concerne la circulation des profits!
Le cinquième est totalement anti démocratique!

Bref, on n'est pas sortis de l'auberge!

Jean-françois larose

Cette situation est typique du système dans lequel nous vivons, le système capitaliste. À ce sujet et nouvellement paru le livre de Yves-Marise Abraham: ''Guérir du mal de l'infini'' Produire moins, Partager plus, Décider ensembles. dans lequel il démontre la source des crises actuelles qui originent toutes de la même cause. Yves-Marie Abraham est professeur à HEC Montréal et est le créateur du cours sur la décroissance offert dans cet établissement à ceux qui s'intéressent à cet aspect de l'économie et à la planète.