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Le bulletin du Conseil du patronat: beaucoup de bruit pour rien

24 septembre 2014

  • Philippe Hurteau

Pour une 5e année consécutive, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) nous fait l’honneur de publier son bulletin de la prospérité. Encore une fois, la note conférée au Québec (C) donne l’impression que nous n’en ferions pas assez pour favoriser la croissance économique.

La fiscalité est bien entendu au centre des critiques, tout comme les coûts de rémunération des salarié.e.s ou encore la forte présence syndicale qui distingue le Québec des autres provinces canadiennes. Cela n’a pas grand-chose de surprenant : le CPQ nous a toujours habitué à privilégier ses propres intérêts à ceux de l’ensemble de la population.

Ce qui surprend toutefois, c’est le ton alarmiste de la publication. Le Québec, comme il est malheureusement devenu commun de l’entendre, ferait face à une catastrophe démographique. Dans ce contexte, l’heure des choix difficiles serait donc arrivée si l’on désire assurer la prospérité à long terme du Québec.

Je dis malheureusement parce que les données les plus récentes nous incitent à revoir complètement les évaluations catastrophistes en la matière. Oui, la population vieillit. Oui, cela pose un certain nombre de défis. Mais non, chambouler de fond en comble le modèle social québécois, consentir des baisses d’impôts aux plus riches, revoir à la baisse les cotisations sociales (RRQ, assurance-parentale, etc.) ou encore réduire l’influence des méchants syndicats n’y changera rien.

Les nouvelles prédictions démographiques réalisées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) nous montrent que l’épouvantail du vieillissement a un peu de plomb dans l’aile. En 2003, les prévisions pour le taux de fécondité se situait à 1,5, elle est maintenant à 1,7. Encore en 2003, les prévisions du côté de l’immigration internationale étaient de 28 000, elles sont maintenant à 44 000. Et, finalement, le déficit du solde migratoire interprovincial est également moins important que prévu qu’il y dix ans.

Le résultat de tout ça est simple : tout le bruit fait autour du choc démographique est, au fond, beaucoup de bruit pour rien. En fait, comme on peut le voir au graphique suivant, l’ISQ revoit presque systématiquement à la hausse ses prédictions démographiques.

Graph23sept

Dans ce contexte, il est un peu surprenant de voir le CPQ continuer de sonner l’alarme. Sauf si, bien entendu, le délire sur cette question n’a en fait toujours été qu’un prétexte pour attaquer le modèle de redistribution de la richesse.

Yves-Thomas Dorval, patron des patrons du Québec, peut bien alors s’étonner de la méfiance des Québécois et des Québécoises à l’endroit du monde des affaires. Disons simplement que, si la confiance est le contraire de la méfiance, ne pas baser ses prises de position publiques sur des données erronées pourrait être une bonne manière de commencer à reconstruire les ponts.

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