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Le budget Marceau et l’investissement privé

26 novembre 2012


Lors du dépôt de son premier budget, le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau a voulu passer un message clair: son gouvernement désire établir un rapport de confiance avec le milieu des affaires et mobiliser les ressources de l’État afin de soutenir les investissements privés. À cette fin, M. Marceau a annoncé deux mesures : la création d’un congé fiscal de dix ans destiné à stimuler les grands projets ainsi que la prolongation et la bonification du crédit d’impôt à l’investissement.

Dans l’esprit du ministre, il faut rétablir un équilibre entre investissements privés et publics au Québec afin de nous assurer un avenir prospère dans un contexte de vieillissement de la population, d’un coût de la main-d’œuvre qui désavantagerait le Québec et d’une structure réglementaire qui découragerait l’investissement. Bref, il faut stimuler l’investissement privé afin de rester compétitif. On le constate, la philosophie économique qui dirige l’action du ministre des Finances ne semble pas dévier d’un pouce des préceptes économiques dominants.

Budget Marceau et continuité 

Le budget Marceau se donne comme objectif de créer un environnement d’affaires stimulant pour les entreprises. Pour y arriver, il faudrait miser sur une meilleure adéquation entre la formation de la main-d’œuvre et les besoins du marché du travail. L’objectif : s’inscrire davantage, pour en tirer profit, au sein de l’économie du savoir (largement critiquée par l’IRIS, notamment dans ce billet). De plus, il faudrait chercher à tirer davantage profit de l’exploitation des ressources naturelles, particulièrement le minerai et le pétrole.

L’aide à l’investissement s’inscrit dans cette vision et, disons-le, on en vient à se demander ce qui différencie ce gouvernement de l’ancien!

Les investisseurs ont-ils réellement besoin d’aide?

Plus concrètement, il faut se demander si les investisseurs privés ont vraiment besoin d’aide. D’abord, soulignons que le ministre Marceau reproduit la logique qui caractérise l’approche des Conservateurs fédéraux vis-à-vis de l’impôt des sociétés. Si les entreprises n’investissent pas, dit-on, c’est en raison de l’instabilité économique. Il faudrait donc leur donner un petit coup de pouce. En ce sens, la solution du gouvernement Harper fut de diminuer l’impôt des entreprises, celle du ministre Marceau de leur offrir une aide fiscale. Bref, un peu la même chose.

Cette stratégie fonctionne-t-elle? Il est permis d’en douter. Le résultat de la défiscalisation au fédéral ne fut pas une augmentation des investissements privés, mais bien la baisse des contributions fiscales des entreprises au profit d’une augmentation des actifs financiers de ces dernières. Comme le relevait le sociologue Éric Pineault, les entreprises n’ont pas profité de la générosité du gouvernement fédéral pour réinvestir, mais bien pour accumuler « près de 400 milliards de dollars dans des dépôts bancaires, dont le tiers en devises étrangères ». L’abondance des « actifs liquides » détenus par les grandes entreprises en vient à représenter plus de 28 % du PIB canadien, bien que les investissements non financiers de ces mêmes entreprises ne représentent pas plus de 11 % du PIB.

De plus, pour évoquer plus spécifiquement le cas québécois, on constate une hausse soutenue des bénéfices des sociétés depuis la crise de 2009. Jusque où faudra-t-il aller afin d’inciter les entreprises à investir? Après l’implantation des mesures du budget, le taux effectif d’imposition de l’investissement atteindra un plancher historique (15,9 % au Québec et 18,3 % au Canada alors que la moyenne des pays de l’OCDE se situe à 20,4 %).

Impasse sur le modèle québécois

Finalement, le ministre déplore que le rapport entre l’investissement public et privé du Québec ne soit pas le même que celui du reste du Canada ou de nos voisins de l’Ontario. Effectivement, le Québec s’est doté d’un État plus interventionniste afin 1) de protéger sa culture et 2) combler certains désavantages structurants qui défavorisent notre économie par rapport à celle de nos voisins.

Qu’un ministre péquiste déplore cet état de fait est assez surprenant. Cela équivaut, en somme, à déplorer ce qui fait la force et la vigueur de la spécificité du modèle québécois…

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