De la laideur du mois de mars : quelques précisions budgétaires 

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Vendredi dernier, le gouvernement du Québec a rendu publiques les données mensuelles concernant ses opérations financières de février 2021. Une belle surprise s’y trouve : Québec fait passer l’anticipation de son solde budgétaire de -15 G$ à -12 G$. Youpi! L’année pandémique serait donc bien mieux que prévu. Cependant, comme chaque fois, la publication de ces données laisse une impression bizarre, comme si le gouvernement nous dévoilait des chiffres préliminaires qui ne correspondent pas vraiment à ses propres projections.

Allons-y voir de plus près. D’avril 2020 à février 2021, Québec affiche un déficit de -2,3 G$ et un solde budgétaire de -5,2 G$. C’est donc dire, encore une fois, que la prise en compte des versements au Fonds des générations (2,9 G$ pour cette période) change du tout au tout le portrait financier du gouvernement.  

Cela dit, l’écart entre le déficit/solde des onze premiers mois de l’année et les prédictions gouvernementales pour l’année entière demeurent important, et ce, malgré l’amélioration annoncée la semaine passée. 

 

 

On constate dans le premier graphique qu’il existe un écart d’environ 6,7 G$ entre le déficit des onze premiers mois de l’année et les prévisions annuelles complètes en provenance du ministère des Finances. C’est donc dire que pour que ces prévisions se réalisent, il faudrait que le mois de mars 2021 soit particulièrement « laid » sur le plan budgétaire. 

Le contexte pandémique rend bien entendu ce scénario possible et il ne serait pas surprenant que Québec inscrive dans ses livres toute une série de dépenses non encore comptabilisées. Cela dit, le mois de mars est soumis chaque année à ce type de dynamique d’inscription tardive dans les livres de certaines dépenses. Depuis 2011-2012, si les revenus du mois de mars représentent 9,9 % des revenus annuels totaux de l’État, la part des dépenses monte à 10,6 %. 

Il est alors tout à fait envisageable de poser l’hypothèse suivante : en 2021, l’inscription des résultats du mois de mars viendra quelque peu noircir le tableau. Au point d’atteindre un solde budgétaire à -12 G$? Rien n’est moins certain.

Si la tendance de la part du mois de mars en termes de revenus et de dépenses observée entre 2011-2012 et 2019-2020 se poursuit, les résultats seront loin de correspondre à ce qui est avancé par Québec. 

 

 

Le déficit passerait alors de 2,3 G$ après onze mois à 3,5 G$; le solde budgétaire de 5,2 G$ à 6,5 G$. Le mois de mars, en somme, viendrait détériorer de 1,3 G$ le portrait financier de l’État québécois. À ce stade-ci, nous sommes très éloignés du fameux -12 G$ de solde budgétaire qui sert d’hypothèse de travail au gouvernement.    

Ceci étant dit, les données présentées au 2e graphique ne sont pas une prédiction. Elles font plus humblement office de rappel : un ministre des Finances préfère toujours présenter des pronostics sombres pour ensuite être en mesure d’annoncer de bonnes nouvelles. Bien entendu, nous ne pouvons exclure que d’importantes sommes soient ajoutées au bilan financier de mars en raison du contexte exceptionnel de la dernière année financière. Mais n’oublions pas que le prochain exercice budgétaire coïncidera avec le calendrier électoral. Toujours pratique alors de se garder quelques bonnes nouvelles budgétaires afin de financer de nouvelles promesses.  

 

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