Conciliation famille-travail: la FCEI fait cavalier seul

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Nous apprenions ce matin que le Comité consultatif famille (CCF) allait bientôt rendre son rapport final sur les moyens à mettre de l’avant afin de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. Un des principaux problèmes soulevés par le comité est la nature non contraignante des mesures mises en place jusqu’ici (à l’exception notable du programme d’assurance parentale). Trop souvent, Québec s’est contenté d’instaurer des programmes de sensibilisation ou d’accompagnement des entreprises afin de faire la promotion de la conciliation.

 

Le constat posé est clair : le côté non contraignant de l’approche actuelle ne permet pas d’atteindre des résultats satisfaisants. Avec la montée des emplois et des horaires atypiques, Québec devrait donc réviser la Loi sur les normes du travail en ciblant les cinq aspects suivants :

« – la durée de la semaine normale de travail, habituellement de 40 heures ;

– le calcul des heures supplémentaires qui débute après plus de 40 heures de travail et qui ne prévoit pas de limites, même si le salarié peut refuser de travailler au-delà de 50 heures ;

– le nombre « jugé insuffisant de congés annuels et de jours fériés (21 jours) ;

– la durée des vacances établie en fonction de la période de service continu du salarié et pour lequel l’employeur a le privilège de fixer la date des vacances sans égard à sa situation familiale ;

– les congés pour obligations parentales ou familiales qui donnent droit à 10 jours par année sans salaire, que l’on peut fractionner avec l’autorisation de l’employeur. »    

Ouvrir ce genre de chantier de réflexion pourrait mener à l’amélioration de la qualité de vie de bien des gens. Rappelons que 2 millions de Québécoises et de Québécois n’ont que la Loi sur les normes comme seul encadrement réglementaire de leurs conditions de travail. Revoir cette loi faciliterait l’atteinte de véritables avancées dans le domaine de conciliation famille-travail en instaurant un cadre adapté aux réalités familiales.

Surtout, n’en demandez pas plus aux employeurs!

Sans grande surprise, la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI) s’est retirée des travaux du comité. La principale raison de ce retrait est la suivante : il serait impensable de demander aux employeurs d’en faire davantage pour permettre à leurs employé·e·s de bien concilier la vie à la maison et la vie au travail. Cette position a le mérite de la constance. Chaque fois qu’il est demandé que les employeurs fassent un quelconque effort, la FCEI entame le même refrain.

Que l’on parle de l’augmentation du salaire minimum ou de conciliation famille-travail, c’est toujours la même chose. Il ne faut surtout rien demander à la partie patronale et éviter toute mesure contraignante. Si vous être une jeune mère ou un fils qui doit prendre soin de son père en fin de vie, la meilleure option pour vous doit être de pouvoir compter sur un patron compréhensif. Si ce n’est malheureusement pas votre cas, meilleure chance la prochaine fois.

En misant uniquement sur la négociation de grés-à-grés, la FCEI ne fait que défendre l’arbitraire patronal et la capacité des employeurs non seulement d’ordonner nos vies lors de nos heures de travail, mais même d’avoir une influence sur la manière que l’on doit organiser notre existence hors du bureau.

La conciliation famille-travail ne devrait plus être traitée comme un enjeu individuel, mais comme un problème collectif. Si les employeurs n’ont pas pris spontanément leurs responsabilités en ce domaine, il est peut-être temps de les y inciter avec plus d’énergie.  

 

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