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La part des exportations dans le PIB

24 février 2012


Je prends une petite pause de ma série sur les graphiques pour commenter une étude du Conference Board. Oui, du Conference Board, une fois n’est pas coutume! Cette étude, Adding Value to Trade Measures: An Introduction to Value-Added Trade (qu’on peut traduire par «Ajouter la valeur aux mesures du commerce : une introduction à la valeur ajoutée du commerce»), aborde la question de la mesure de la valeur monétaire des importations et des exportations dans le Produit intérieur brut (PIB).

Double compte

C’est une question qui me chicote depuis des années. En effet, les données sur la valeur monétaire des importations et des exportations sont les seules des différentes mesures du PIB (par les dépenses, les recettes ou la valeur ajoutée industrielle) à ne pas reposer sur le principe de la valeur ajoutée. On pourrait penser que c’est sans conséquences, car on soustrait de toutes façons la valeur monétaire des importations de celle des exportations dans le calcul du PIB. C’est vrai. Le problème apparaît quand on cherche à quantifier l’apport de chacun des composants du PIB ou le niveau de dépendance de notre économie aux exportations. Combien de fois n’ai-je pas entendu des gens pas nécessairement mal intentionnés exagérer cette importance et prétendre que 30 %, voire 50 % (si on compte les exportations interprovinciales) des emplois du Québec dépendent des exportations?

En effet, la valeur monétaire des exportations est évaluée directement selon la somme obtenue des exportations. Par exemple, lorsque Bombardier exporte un avion, le montant total reçu est imputé aux exportations. Pourtant, de nombreuses pièces de cet avion ont en fait été produites à l’étranger, importées ici, incorporées à l’avion, puis exportées. Dans certains cas, on parle même de réexportations. Certains produits sont en effet importés ici, par exemple par un grossiste, qui distribue une partie de ces importations sur le marché local et exporte le reste sans rien ajouter à ces produits. D’autres fois, les produits importées seront à peine modifiés avant d’être réexportés.

Le cycle de production étant souvent international, on peut s’imaginer que certains produits ou parties de produits peuvent transiter dans plus d’un pays avant d’être assemblées finalement. Dans ces cas on peut même compter trois ou quatre fois la valeur d’un produit avant qu’il soit effectivement livré au pays qui consommera le produit final. Cela entraîne bien sûr une surévaluation majeure de l’importance du commerce international dans l’économie de tous les pays et même de la planète.

Je n’expliquerai pas ici la méthode utilisée par le Conference Board. Disons simplement qu’il utilise des comptes d’entrés-sorties de nombreux pays. Il avoue que la qualité des données variant d’un pays à l’autre, le résultat ne peut être impeccable. Cette méthode donne tout de même une très bonne idée de l’ampleur du «double compte» et permet d’établir un ordre de grandeur beaucoup plus réaliste du commerce international.

Quelques résultats

  • La part des exportations internationales dans le PIB du Canada passe de 35 % à 24 p. cent.
  • La méthode permet aussi de partager la valeur des exportations de chaque bien et service entre les industries qui y contribuent. Par exemple, bien des services sont «incorporés» dans des biens d’exportations, comme des services d’ingénierie dans un avion, même si la méthode traditionnelle ne les considère pas. Il est est de même des transports, des services de communications, des services financiers, etc. En conséquence, la part des services dans les exportations canadiennes passe de 16 % avec la méthode traditionnelle à 40 % avec celle-ci!
  • La part de la valeur des exportations canadiennes qui vont aux États-Unis passe de 69 % à 61 %, parce que la fabrication intermédiaire (de pièces incorporées) se fait beaucoup plus entre ces deux pays limitrophes qu’avec les autres pays du monde.

Au Québec

Le Québec aussi a déjà produit des estimations de la valeur de ses exportations en termes de valeur ajoutée en utilisant aussi les comptes d’entrées et sorties de Statistique Canada, entre autres dans le document Impact économique des exportations québécoises 2005 et 2007.

Selon ce document, « Les emplois attribuables aux exportations représentent [en 2007] 28,6 % de l’emploi total et 72,7 % de l’emploi manufacturier». Il faut noter ici que cette évaluation comprend à la fois les exportations internationales et interprovinciales, ainsi que les emplois directs et indirects. Ces données ne sont donc aucunement comparables à celles de l’étude du Conference Board. Personnellement, j’ai beaucoup de réticence à considérer les «emplois indirects», car toute activité économique entraîne des dépenses qui permettent la création d’«emplois indirects».

Conclusion

Malgré les lacunes méthodologiques de ces exercices, il demeure intéressant et instructif de pouvoir avoir une idée plus précise du poids réel des exportations et importations dans l’économie comptabilisée. Peu importe la méthode utilisée, on s’aperçoit que le poids du commerce international est toujours moins important quand on comptabilise seulement la valeur ajoutée plutôt que ses flux totaux, comme le font les comptes nationaux et le calcul du PIB selon les dépenses. Et comme le poids du commerce international diminue, celui du commerce local augmente et peut enfin être évalué selon son importance réelle, soit bien supérieure à celle du commerce international! Imaginons si on incluait le travail domestique et le bénévolat dans les comptes nationaux…

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