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Les besoins de base non comblés s’élevaient à 4,5G$ en 2024

14 mai 2026

  • Eve-Lyne Couturier

La pauvreté n’est pas qu’une question statistique. De vraies personnes se cachent derrière les taux de pauvreté. Encore aujourd’hui, des milliers de personnes au Québec peinent à répondre à leurs besoins. Celles-ci sont obligées de choisir entre payer leur loyer ou leur épicerie, entre s’acheter des bottes sans trous ou leurs médicaments. Mais au-delà des anecdotes, peut-on chiffrer les besoins de bases non comblés? Depuis un an, ces données sont disponibles et calculées par Statistique Canada. Elles nous permettent d’affirmer qu’il manquait 4,5 milliards de dollars en 2024 pour que l’ensemble des Québécois·es aient le strict minimum pour répondre à leurs besoins.

Comment arrive-t-on à ce chiffre? Tout part de la mesure du panier de consommation (MPC), un indicateur calculé par Statistique Canada. Cette mesure permet de mettre un montant sur la couverture des besoins de base en fonction du coût de la vie selon la province et la densité de population de la localité. Autrement dit, on calcule combien d’argent un ménage doit minimalement disposer pour couvrir ses besoins, sans laisser de place aux imprévus ou aux dépenses non essentielles. Par exemple, on estime qu’un ménage de quatre personnes à Montréal consacrera 1150$ par mois pour se loger (loyer, électricité, assurance, etc.). On comprend donc qu’atteindre la MPC est loin de garantir la sortie de la pauvreté. Cela permet tout juste d’éviter l’indigence.

Depuis l’an dernier, Statistique Canada publie des données qui permettent de chiffrer les montants en déficit ou en excédent à la MPC pour chaque ménage. Par exemple, le revenu après impôt d’une personne à l’aide sociale en 2024 était de 11 845$. En comparant ce revenu à la MPC pour une personne seule à Montréal (24 622$), on observe un manque à gagner pour combler les besoins de base de 12 777$. C’est en additionnant l’ensemble de ces déficits pour chacun des ménages que nous arrivons à 4,5 milliards de dollars en besoins de base non comblés pour l’ensemble du Québec.

Avons-nous les moyens de répondre à ses besoins? Il peut être utile de comparer ce montant à l’excédent dont disposent les ménages les mieux nantis, soit ceux du dernier décile. Pendant la même année, c’est plus de 64 milliards de dollars que ceux-ci ont obtenus en revenu au-delà de la MPC. C’est 30 milliards de plus que le neuvième décile. En d’autres mots, même si l’ensemble du montant représentant les besoins non comblés était retiré des revenus des 10% les plus riches, ils auraient encore eu des revenus qui dépassent largement ceux du décile qui les précède. 

Cela dit, répondre aux besoins de la population est bien plus une question de politiques publiques que de générosité individuelle. Comparons maintenant ce manque à d’autres indicateurs économiques. À 4,5 milliards de dollars, la couverture des besoins de base représente à peine 1% du PIB et seulement 2,8% du budget du Québec. Éponger ce déficit demanderait donc très peu d’effort d’un point de vue financier. Quant au Fonds des générations, il valait 18,5 milliards de dollars en 2024. Ainsi, en utilisant moins du quart de ce fonds, il aurait été possible de garantir à l’ensemble des Québécois·es un revenu au-delà de la MPC. 

On pourrait aussi faire la comparaison avec l’Ontario. On nous répète souvent l’importance de rattraper la province voisine en termes de richesse et il est vrai qu’ils ont un excédent à la MPC beaucoup plus important que le Québec, soit environ le double. Afin de rendre les sommes comparables, il faut toutefois les ramener à une population équivalente. Une fois cela fait, on voit que les revenus au-delà de la MPC sont 12% plus élevés en Ontario qu’au Québec. Nos voisins seraient donc effectivement plus riches? En fait, les différents indicateurs d’inégalités permettent de voir que c’est le cas… seulement pour les plus nantis. Dans le cas des, besoins non comblés, ils y sont beaucoup plus importants. Si le Québec avait le même niveau de pauvreté que sa voisine, il faudrait non pas 4,5 milliards de dollars pour s’assurer que tous les ménages atteignent la MPC, mais bien 10,2 milliards de dollars! Ainsi, si les ménages les plus riches sont un peu plus riches en Ontario, le manque à gagner pour les plus pauvres est beaucoup plus grand.

Les données de Statistique Canada permettent également de voir l’évolution des besoins non comblés sur plusieurs années. On observe ainsi une augmentation de 39% entre 2020 et 2024. En comparaison, l’inflation n’a été que de 18% sur la même période. Cette différence souligne un accroissement réel des besoins qui dépasse largement la hausse des prix. Toutefois, entre 2023 et 2024, une réduction des besoins a été observée dans six des dix provinces (dont le Québec, mais pas l’Ontario) et dans chacun des trois territoires. Il sera intéressant de voir l’an prochain comment évoluent les besoins non comblés. Ferons-nous globalement mieux ou suivrons-nous plutôt la tendance ontarienne à l’accroissement des inégalités? Dans tous les cas, combler les besoins de base de l’ensemble de la population demeurera aisé d’un point de vue strictement économique.

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