Syndicalisme | Les syndicats réduisent-ils les inégalités?
23 janvier 2026
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Durant la dernière année, le gouvernement de François Legault a multiplié les mesures contraignantes à l’encontre du syndicalisme au Québec. La proximité de la Coalition Avenir Québec (CAQ) avec le monde des affaires peut expliquer son biais défavorable aux organisations qui défendent l’intérêt des travailleurs et des travailleuses. Il n’en demeure pas moins que plusieurs des politiques antisyndicales – et antidémocratiques – mises de l’avant par le gouvernement sont fondées sur une analyse erronée du rôle des syndicats dans la société québécoise et des conséquences de leur présence. Dans cette série d’articles, l’IRIS déboulonne les mythes sur le syndicalisme et met en relief la grande diversité des enjeux liés à l’action de ces regroupements de salarié·e·s.
Depuis quelque temps, on remarque que les inégalités sont en croissance, que ce soit en termes de revenus, de sexe et de genre, d’origine ethnique ou encore d’accès à des services de santé et d’éducation de qualité. Les syndicats sont actifs dans tous ces domaines de façon directe et indirecte. Est-ce que leur affaiblissement pourrait expliquer une partie de la croissance des inégalités que l’on observe au Québec et au Canada comme ailleurs? Dans un article précédent, nous avons démontré le rôle important des syndicats dans la réduction de l’écart salarial entre les hommes et les femmes. Dans celui-ci, nous aborderons plus en détail la question des inégalités de revenus.
De nombreuses études se sont penchées sur cette question et tout indique qu’il y a un lien clair entre une présence forte des syndicats et une réduction des inégalités. En 2021, quatre économistes étasuniens publient un article scientifique dans lequel ils analysent le lien entre la couverture syndicale et les inégalités depuis 100 ans.
Ils montrent comme on peut le voir dans le graphique reproduit ci-bas que la couverture syndicale est inversement proportionnelle au coefficient de Gini (un indicateur d’inégalités) et, avec un certain délai, à l’accaparement de la richesse par le 10% le plus riche. En d’autres mots, quand les syndicats représentaient plus de personnes aux États-Unis, les inégalités étaient moins prononcées et la classe moyenne était plus forte. C’est ce qui se produit à partir de 1935, lorsque les syndicats ont été légalisés aux États-Unis. L’effet sur les inégalités est clairement visible dans le graphique, avec une diminution majeure et rapide du coefficient de Gini.

On assiste toutefois à une diminution de la couverture syndicale à partir des années 1960. Le recul a été particulièrement prononcé chez les personnes moins scolarisées ou racisées. Alors que les conventions collectives amélioraient les conditions de vie des moins nantis au XXe siècle, les entreprises sont aujourd’hui moins syndiquées. Les travailleurs et travailleuses s’en trouvent précarisés et moins bien rémunérés alors que les plus riches continuent de s’enrichir à un rythme de plus en plus grand. En effet, la part de richesse qui est redistribuée en salaire diminue au profit des bénéfices des entreprises privées. Il en résulte un écart grandissant entre les plus riches et les plus pauvres.
Emploi à bas salaire
Nous avons démontré dans un précédent article que les salaires sont plus élevés dans les secteurs syndiqués, surtout si lorsque les emplois requièrent une formation de niveau collégial ou secondaire. Est-ce que cet effet s’observe au-delà des syndiqué·e·s eux-mêmes? Grâce aux données de l’OCDE, il est possible de comparer pour différents pays dans le monde le taux d’emploi à bas salaire, soit la part des emplois à temps plein qui offrent une rémunération faible en comparaison avec la rémunération médiane. Au Canada, ce pourcentage est assez élevé: près d’un emploi sur cinq correspond à la définition de l’OCDE.
Lorsque l’on compare ces statistiques avec le pourcentage de travailleuses et de travailleurs couverts par une convention collective, on voit un taux de corrélation négatif très élevé (-0,70). En d’autres mots, plus les syndicats représentent de personnes, moins le pourcentage de personnes à bas salaire est élevé. Ces résultats sont en phase avec ceux d’autres études qui démontrent que les inégalités sont plus faibles lorsque le taux de couverture et le taux de syndicalisation sont élevés, que ce soit aux États-Unis ou en Europe.
Plus près de nous, on peut penser aux campagnes « Minimum 18 » ou « 5-10-15 » qui visent à améliorer les revenus des travailleurs et des travailleuses précaires. Bien que le salaire minimum s’applique rarement à leurs membres, les syndicats sont très actifs dans ces coalitions, fournissant à la fois des ressources financières et techniques pour les soutenir. D’ailleurs, une grande partie des normes minimales du travail ont été adoptées à la suite de luttes syndicales, que ce soit la journée de huit heures, la reconnaissance des congés de maladie, l’équité salariale, les responsabilités des employeurs envers la santé et la sécurité des salarié·e·s, etc. Tout cela participe à mieux protéger l’ensemble de la main-d’œuvre et limite les inégalités.
Photo: Mairie de Givors, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia commons)