Pas de solidarité sans sécurité

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Partout la haine et le repli menacent de prendre le dessus. Partout les politicien·ne·s n’hésitent pas à se lancer dans une surenchère raciste. Donald Trump a été élu en dépit d’une rhétorique xénophobe. Son écho est donc si important que tenir des propos racistes de manière décomplexée n’empêche pas d’accéder à la Maison-Blanche.

Ce n’est pas si différent au Québec. Les discours d’incompatibilité culturelle, de menace à la sécurité ou d’envahissement sont monnaie courante. Et que ce soit aux États-Unis ou au Québec, l’effet est similaire : le climat devient invivable.

Les politicien·ne·s qui font usage d’une rhétorique raciste pour gagner quelques points dans les sondages contribuent à instaurer ce climat dans nos sociétés. Que leurs projets ou politiques discriminatoires se concrétisent ou non n’est pas le seul enjeu : les dommages débutent dès le moment où ils et elles font planer une menace sur les droits fondamentaux. Ils et elles induisent de nouvelles normes et rendent soudainement tolérables des discours symboliquement violents. Le climat qui en résulte est d’une telle toxicité qu’il ne peut qu’exacerber les tensions entre majorité et minorités.

Prendre la menace au sérieux

Ainsi, au moment où nous avons besoin d’un nouvel élan pour sortir de cette impasse, il est impensable de faire fi des craintes ressenties par celles et ceux qui font directement les frais du racisme. Ce spectre d’insécurité paralyse, et tous ceux et celles qui luttent pour plus de justice sociale et économique seront politiquement moins efficaces si ces craintes ne sont pas apaisées.

Là où les coalitions semblent difficiles à créer, la reconnaissance sans équivoque des enjeux liées au racisme permettra d’établir des rapports plus égalitaires, d’évacuer la méfiance de nos espaces de luttes, d’élargir nos rangs et de faire rejaillir la force de frappe que requiert nos idéaux de justice. Les organisations et les mouvements de gauche ainsi que toutes les initiatives citoyennes ou militantes qui s’engagent pour la justice doivent intégrer à leurs discours et à leurs pratiques une perspective antiraciste de façon à ne jamais reléguer cet enjeu au second plan.

Pour ce faire, le travail doit être effectué sur deux plans.

Promouvoir l’analyse antiraciste

Le premier consiste à faire de la question du racisme une priorité. Elle ne peut être traitée comme une donnée secondaire : il faut l’appliquer de façon transversale. Comprendre le phénomène sous toutes ses coutures pour mieux comprendre comment il influence le cours des choses. Et surtout, comprendre comment les systèmes oppressifs s’entremêlent et créent un mélange explosif, accentuant la détresse des victimes du racisme systémique qui sont aussi des victimes du néolibéralisme.

L’un des facteurs mis de l’avant pour expliquer la victoire de Trump est le ressentiment des classes populaires à l’égard des inégalités socioéconomiques grandissantes. Mais il faut également ajouter que celles et ceux qui servent d’appât dans les discours racistes vivent ce ressentiment avec la même intensité, mais n’ont pas eu l’option de se résigner au faux sauveur qu’est Donald Trump.

Développer le réflexe d’intégrer la perspective antiraciste permet donc d’expliquer les phénomènes sociaux avec plus de précision. Dans l’action, cela permet de raffermir les principes et de ne rien concéder aux politicien·ne·s et autres propagateurs de haine. Face à la négligence à l’égard du racisme qui a contribué à porter Trump au pouvoir, il faut opposer la fermeté et tracer une ligne rouge qui n’autorise à ce chapitre aucun compromis.

Cette rigueur et cette fermeté permettent, d’une part, de réaffirmer notre engagement envers les victimes du racisme systémique et, d’autre part, de développer des actions et des solutions spécifiques et adaptées. Des outils sur mesure qui bénéficient réellement aux personnes les plus marginalisées.

Se démarquer du libéralisme ordinaire

Mais la rigueur, la constance et l’intransigeance ne sont pas suffisantes. Le second plan sur lequel ce travail doit s’effectuer consiste donc à ne pas négliger l’affect, l’importance des relations humaines. C’est ce qui nous démarquera du libéralisme ordinaire, où l’égalité n’est guère plus qu’une simple formalité. Il faut plutôt nourrir une culture alternative où les mots dignité et solidarité ne sont pas désuets. Une culture d’écoute, de reconnaissance et de réciprocité qui répond à la froideur ambiante et qui tiendra en échec les politicien·ne·s qui osent s’aventurer sur les avenues de la haine et de la division.

Le climat sera plus respirable, les actions communes plus envisageables et plus fréquentes. Dans un moment aussi critique, à une époque où nous sentons le tapis nous glisser sous les pieds, la coalition des forces progressistes est nécessaire, et notre capacité à être efficaces dans l’action dépendra de notre capacité à nous protéger les un·e·s les autres. 

Marie Josée Champagne

Cet exposé est de l'ordre d'un travail académique qui affirme des éléments sans les appuyer ni les étoffer. Dire que la situation au Québec est comparable à celle des USA qui a mis Trump au pouvoir m'apparaît excessif. J'ai peine à comprendre votre attitude face au Québec , attitude qui ressemble à' du mépris. Que proposez vous ? Vous dénoncez et attaquez mais n'avancez aucune solution. C'est dommage!

Danny Labonté

D'accord avec vous Mme Champagne. Ce que propose Mme Awada, en quelque sorte, c'est d'officialiser le statut de victime des musulmans au Québec. C'est ce que ferait une commission sur le "racisme systémique et l'islamophobie", en plus de tenter de faire taire toute critique envers l'islam. C'est effectivement méprisant pour l'immense majorité des Québécois qui n'ont pas de problèmes avec leurs concitoyens musulmans, mais ça l'est particulièrement pour les musulmans qui ne se considèrent pas comme des victimes au Québec. Ceux/celles-ci j'ai l'impression s'affirment de plus en plus et il faut les encourager à continuer...