Le « verrou Fortin » n’est pas une fatalité

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Pierre Fortin a accordé une entrevue à Radio-Canada dans laquelle il se positionne contre la hausse du salaire minimum à 15$ l’heure. La vidéo et la transcription ont été publiées hier soir et circulent sur Internet depuis. 

L’éminent économiste soutient que la mesure la plus pertinente pour déterminer le salaire minimum est son rapport au salaire moyen. Fortin soutient que, si le salaire minimum dépasse le seuil des 50 % du salaire moyen, une perte de 8 000 emplois résultera de chaque augmentation d’un point de pourcentage de ce ratio. Suivant cette logique, une hausse immédiate du salaire minimum à 15 $ l’heure ferait perdre 100 000 emplois.

Tout d’abord, le chiffre de 100 000 emplois pose problème. Il sert à marquer les esprits avant tout et non à donner un portrait fidèle des réels impacts d’une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure. Le professeur émérite mentionnait lui-même en septembre 2010 que de faire monter le ratio « salaire minimum sur salaire moyen » de 45 % à 46 % nous coûterait collectivement la « destruction » de 8 000 emplois, alors que ce ratio est stable à 47 % depuis la fin de l’année 2010. Autrement dit, nous aurions dû perdre déjà plus de 15 000 emplois selon les calculs de l’économiste. Ce qui, faut-il le préciser, ne s’est pas avéré.

Et il faut utiliser les bons termes lorsque l’on parle de l’impact du salaire minimum sur l’emploi. Fortin affirme que cela « détruira des emplois » et que la hausse à 15$/h constitue une sorte de « bombe atomique » qui diminuera effectivement le nombre total d’emplois offerts au Québec. Or, la réalité est tout à fait différente : l’emploi pour la quasi-totalité des groupes d’âge au Québec suit une tendance croissante depuis 2009[1]. Certes, le salaire minimum peut ralentir la croissance d’emplois dans certains secteurs; il n’en reste pas moins que les emplois créés ensuite offriront généralement de meilleurs salaires qui feront vivre décemment des dizaines de milliers de personnes.

Pour ce qui est du lien entre décrochage scolaire et hausse du salaire minimum, il faut noter qu’il n’y a pas de consensus dans la littérature scientifique à ce sujet. Certains auteurs soulignent une incidence négative sur la formation alors que d’autres notent le contraire. Cela dit, le lien que Fortin fait entre décrochage scolaire et hausse du salaire minimum est douteux dans sa logique même.

D’un côté, Fortin dit que la hausse du salaire minimum détruira 100 000 emplois pour les jeunes sans qualification et, de l’autre côté, il dit qu’elle augmentera le taux de décrochage scolaire parce que les jeunes lâcheront l’école pour aller travailler. Si on suit la logique prévisionniste de Fortin, pourquoi ces jeunes lâcheraient-ils l’école pour aller travailler s’il y a moins d’emplois pour eux? Bref, il y a une contradiction dans son raisonnement à ce niveau.

À l’inverse, d’un point de vue théorique, nous pouvons aussi bien affirmer qu’une hausse du salaire minimum permettra aux étudiant·e·s d’obtenir un salaire équivalent pour un nombre d’heures travaillées moindre, ce qui leur laissera la possibilité de consacrer davantage de temps à leurs études. Cela aura donc comme résultat de favoriser la persévérance scolaire. Bien que théorique, ce raisonnement a cependant la prétention de ne pas être contradictoire dans sa logique interne.

Dans un autre ordre d’idées, selon Xavier Leloup de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Montréal comptait 125 820 travailleurs et travailleuses pauvres en 2012. C’est une hausse de 30 % par rapport à 2001. Forcément, les personnes pauvres ont tendance à dépenser moins, ce qui entraîne une baisse de la demande effective. Or, c’est précisément le problème le plus pressant de notre économie en ce moment : la demande effective tend à baisser avec le temps parce que le pouvoir d’achat d’une majorité de salarié·e·s stagne, voire diminue, et ce, depuis plusieurs années.

Depuis 2014, nous soutenons qu’une augmentation du salaire minimum jusqu’à l’atteinte du salaire viable permettrait véritablement de se sortir de la pauvreté. Nous croyons toutefois également qu’elle doit impérativement s’accompagner d’une aide gouvernementale pour les petites entreprises dont les chiffres d’affaires sont plus modestes.

Dans le scénario que nous préconisons, le gouvernement subventionne l’augmentation du salaire minimum pour les PME en plus grande difficulté pendant quelques années. Après un certain temps, l’économie se stabilisera : les travailleurs et travailleuses pauvres auront vu leur pouvoir d’achat s’améliorer concrètement, ce qui exercera une pression à la hausse sur la demande effective. Cette croissance de la demande se traduira alors nécessairement par une augmentation du chiffre d’affaires des PME. Sur le long terme, tout le monde en sortira gagnant.

En somme, le «verrou Fortin» n’est pas une fatalité économique. C’est une manière de concevoir notre économie qui provient des limites paradigmatiques du XXe siècle. Or, ces limites sont plus symboliques qu’objectives. Au bout de la ligne, se défaire du verrou Fortin est nécessaire pour élargir nos horizons conceptuels en vue de repenser une économie qui est plus inclusive, juste et solidaire.

 

[1]                                Voir l’évolution du taux d’emploi pour les différentes catégories d’âge grâce à Statistique Canada, CANSIM, Tableau 282-0002. En analysant l’emploi pour les plus petites Toutes tranches d’âge fournies, on remarque que seul le taux d’emploi pour les 25 à 29 ans suit une tendance clairement négative depuis 2009. Les taux d’emploi de toutes les autres tranches d’âge sont stables ou augmentent entre 2009 et 2015.

J-Paul Thivierge

Pour plus d’équité salariale

Constat

Selon moi, le meilleur moyen d’améliorer l’équité
entre les citoyens et de diminuer l'écart entre les salariés riches
et pauvres serait d’abolir le principe
d'augmentation salariale au pourcentage ;
on comprend bien que 2 % pour un cadre à 80 K$/an
correspond à 5 % de hausse pour un travailleur à 32 K$/an
et pour rencontrer les besoins de la vie je pense que
les moins bien payés et les plus jeunes
qui ont de plus lourdes charges à défrayer,
qui ont des familles, de jeunes enfants et une maison
ou un logement à payer a plus de besoins
que le quinquagénaire ou sexagénaire
dont les enfants sont autonomes ou ont déménagé
et dont la résidence entièrement payée.
Solution

Présumons simplement
qu'une entreprise compte 40 travailleurs
dont le salaire moyen est de 40 K$/an et 5 cadres
qui gagnent en moyenne 80 K$/an pour une masse
salariale totale de 2 M$/an.
Sans discuter des avantages sociaux et de leurs couts,
on sait que la hausse indexée aux couts de la vie [IPC]
coutera 40 K$ à l'entreprise si on a établi avec les employés
un principe d'équité sociale pour aider tous les travailleurs
à payer la hausse régulière de l’IPC de leurs factures,
que les plus méritants pourraient changer de classe
d'emploi ou auraient accès un régime de bonus aux
performances exceptionnelle.

Alors, on accordera des hausses à la semaine ou à l'heure, pour faciliter le calcul
on supposera que l'entreprise est prospère et décide de consacrer 45 K$
pour les hausses de ses 45 employés ce qui fera 1000 $ à chacun
pour environ 2000 heures reconnus travaillées, soit environ 50¢ de l’heure.
Ce régime donnera 2,5 % aux travailleurs et 1,25 % aux cadres.

Résultat
Si ce principe s'applique sur un contrat de travail de 5 ans les employés seront à 45 K$ et les cadres à 85 K$
ce qui diminue progressivement l'écart qui était 2 fois est maintenant 1,88 fois .
Les 15 plus méritants pourront se partager 5 K$ au mérite exceptionnel chaque année.

De plus, je pense que ce principe devrait s’appliquer au salaire minimum qui pourrait être augmenté de 50 ¢ de l’heure travaillée
Au moins jusqu’à l’atteinte du 15 $ de l’heure dans environ 6 ans pour ensuite refaire une évaluation selon les indices des hausses de l’IPC et du seuil de pauvreté.

L'autre point est d'implanter au Canada un régime de rémunération comme au Japon et ailleurs ;
ne JAMAIS payer incluant les bonus et autres avantages , les pdg et chefs de direction plus de 50 fois le salaire moyen
des travailleurs de l'entreprise qu'il possède ou gère. ( ici cʼest 200 et même 280 fois )

Jean-Paul Thivierge
St Bruno