Le Québec, champion mondial de l’économie sociale

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Le Québec figure parmi les endroits au monde où l’économie sociale est la plus florissante. Il est d’ailleurs souvent pris en exemple lors d’événements internationaux ou d’études portant sur ce thème dans le but de comprendre quelles sont les structures et les cultures propices à l’émergence et au développement d’une telle économie. Des pays comme la Corée du Sud, l’Espagne ou la France considèrent donc le Québec comme un exemple à suivre en matière d’économie sociale. Mais ici, connait-on vraiment notre économie sociale? Et plus important, qu’est-ce que cela apporte au développement social et à la richesse collective?

Qu’est-ce que l’économie sociale?

L’économie sociale, ou entreprenariat collectif, est une forme d’économie qui n’est pas basée sur le profit, mais plutôt sur le développement de la collectivité. Les entreprises qui sont basées sur un modèle d’économie sociale redistribuent ainsi les profits au sein de la collectivité, souvent dans le secteur au sein duquel elles évoluent. On retrouve entre autre les coopératives et les organismes à but non lucratif dans cette catégorie. L’économie sociale représente au Québec environ 10% du PIB et plus de 150 000 emplois répartis dans plus de 7000 organismes œuvrant dans une vingtaine de secteurs d’activité, ce qui en fait un modèle d’économie très important. Ces chiffres ne représentent cependant qu’une partie de l’impact de cette forme d’économie.

Stabilité économique

L’économie sociale influence bien plus que le taux d’emploi et le PIB. Contrairement à l’économie de marché plus traditionnelle, l’économie sociale est beaucoup moins sensible aux fluctuations du marché. En effet, lors de crises économiques, les entreprises d’économie sociale sont beaucoup plus solides que les entreprises privées, et permettent ainsi une stabilité économique locale. Ces constats sont visibles dans les rapports d’Investissement Québec qui démontrent que les investissements en entreprises d’économie sociale ont les plus faibles taux de perte, ainsi que dans les études de la Direction des coopératives qui démontrent que les entreprises d’économie sociale ont une durée de vie plus longue que les entreprises traditionnelles. De plus, le modèle de l’économie sociale s’inscrit dans une idéologie de partage de richesse en plus de se soucier du développement économique local. En effet, alors qu’une entreprise privée décidera de fermer boutique si son rendement est insatisfaisant (et c’est bien normal), créant ainsi des pertes d’emploi dans la région où elle s’était établie, une entreprise d’économie sociale, dont le profit n’est pas le but, voudra au contraire stimuler l’économie locale en créant ou en participant aux initiatives de stimulation économique et/ou sociale.

Qualité de vie

Le deuxième impact se trouve au plan de la qualité de vie. En réinvestissant dans la collectivité, les entreprises d’économie sociale participent à l’augmentation de la qualité de vie des citoyens, tout en stimulant l’économie, en renforçant le filet social et en assurant une meilleure distribution de la richesse. Ainsi, les pays où l’économie sociale est très présente démontrent en général une plus grande distribution de richesse collective ainsi qu’un indice de bonheur plus élevé. Ces deux indicateurs de qualité de vie sont en effet plus élevés au Québec que partout en Amérique du Nord ainsi que dans beaucoup de pays en Occident. En 2011, l’OCDE a publié pour la première fois son index du vivre mieux, comprenant le thème du bonheur subjectif. En insérant le Québec dans le calcul de cet indicateur (travail effectué par Luc Godbout et  Marcelin Joanis), on s’aperçoit que le Québec arrive deuxième, tout juste derrière le Danemark et devant le Canada, alors que les États-Unis arrivent 12ème. L’indicateur de distribution de richesse est quant à lui calculé avec le coefficient de Gini (coefficient se situant habituellement entre 0.2 et 0.5, dont le plus petit coefficient signifie une plus grande distribution de richesse). Selon l’Institut de la Statistique du Québec, le Québec se situe à 0.31, donc au-delà du Canada anglais à 0.34 et bien au-delà des États-Unis, à 0.45. Cela signifie qu’au Québec, une plus grande proportion de la population jouit de la richesse collective.

Richesse collective

Il serait faux de croire que les entreprises d’économie sociale dépendent de l’État et de subventions pour assurer leur fonctionnement. En effet, si elles reçoivent de l’aide gouvernementale, cette aide est nettement inférieure à celle prodiguée aux entreprises privées, toutes proportions gardées. De plus, ces investissements sont souvent décuplés en termes d’impact économique. Par exemple, une étude d’impact portant sur les entreprises d’économie sociale œuvrant dans le soutien à domicile a démontré que chaque dollar investi provoquait un impact net de 5,27$.

Le modèle d’économie sociale est donc bien fort au Québec, mais tarde à être reconnu pour ce qu’il est. Beaucoup d’entreprises choisissent ce modèle sans que les citoyen·ne·s ne soient nécessairement au courant. Par exemple, à Montréal, la Société des Arts Technologiques (SAT) pratique le modèle d’économie sociale, et est aujourd’hui un pilier dans son domaine au Canada. On retrouve également les CPE, des associations d’activités sportives, le café campus, le cinéma Beaubien, Culture Montréal, les éditions Orotégez-vous, les YMCA, la TOHU, le Divan Orange, et bien d’autres.

Une économie forte se doit d’être diversifiée non seulement dans ses secteurs mais également dans ses formes d’entreprises. Si l’État a son rôle à jouer et l’entreprise privée est un pilier économique, l’économie sociale est aujourd’hui un incontournable et se doit d’être mise de l’avant. C’est dans cette optique que le chantier de l’économie sociale commencera en 2016 une tournée de deux ans à travers tout le Québec pour développer le réseau de l’économie sociale au Québec et s’assurer de sa vitalité. En partenariat avec les entreprises privées et les municipalités, le développement de l’économie sociale en région et en ville assurera un niveau de prospérité économique visant une économie stable et diversifiée, en plus d’une redistribution de la richesse juste et une qualité de vie enviable. 

Sujets :

Jean-François Chénier

Bonjour, dans le 2ieme paragraphe, vous écrivez :"une entreprise d’économie sociale, dont le profit n’est pas le but, voudra au contraire stimuler l’économie locale". Comment celles-ci procèdent-elles? Quels sont les moyens de stimuler cette économie locale? Avez des textes ou des références que je pourrais consulter à ce sujet?

Merci,

JFC

Delphine

léopold beaulieu

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Solange