La vieille économie s’en fout

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Donc, le Québec serait dans le rouge. Encore. Tout le monde le dit depuis trois jours. Notre niveau de vie serait trop bas, notre productivité anémique, nos dépenses publiques trop élevées. C’est le mantra de ce que j’appellerais « la vieille économie ». Celle d’avant le passage au… 20e siècle.

Dans la vieille économie, tout dépend du produit intérieur brut (PIB), un outil pratique qui permet de mesurer l’ensemble des activités économiques. Quand on vous verse un salaire, ça fait augmenter le PIB, quand une entreprise achète des machines aussi. Bien utile, mais également bien incomplet, voire souvent carrément déformant.

La vieille économie dit : « Le Québec a un PIB par habitant trop bas par rapport à ses voisins. ». Pourtant, si on prend le revenu moyen de 99% de la population après impôt et qu’on l’adapte au coût de la vie, alors le revenu est plus élevé à Montréal qu’à Toronto ou à Vancouver. C’est l’avantage de la répartition de la richesse et de l’intervention de l’État pour maintenir certains prix bas (ex. : les loyers). Mais la vieille économie s’en fout de la réalité des gens, ce sont les statistiques et les indicateurs qui comptent.

La vieille économie dit : « Il faut de la croissance. ». La vieille économie se fout qu’elle soit causée par des guerres ou des catastrophes naturelles, ce qui compte c’est l’argent. La vieille économie dit : « Le Québec devrait exploiter son pétrole, ça ferait de l’argent pour les finances publiques et ça augmenterait sa productivité. ». C’est vrai, les pays producteurs de pétrole sont parmi les pays avec les plus hauts PIB par habitant. Par contre, l’Organisation météorologique mondiale nous annonçait récemment que si nous continuons à investir dans le pétrole, la température planétaire augmentera de 4,6˚C, un synonyme de catastrophe écologique. Mais la vieille économie s’en fout : « Drill baby drill! ».

La vieille économie pense encore que la nature est un bassin de ressources à exploiter jusqu’à la lie; qu’un chiffre abstrait et réducteur doit guider nos vies individuelles et collectives; qu’il faut plus de hiérarchie et de discipline au travail pour obtenir une meilleure productivité. Le 20e siècle nous a montré les erreurs du productivisme, du centralisme et de l’obsession pour la croissance. Ces erreurs ont mené à des guerres, une destruction sans précédent de l’environnement et des inégalités sociales intolérables. Peut-être devrions-nous délaisser l’économie abstraite avant qu’elle nous mène concrètement à notre perte.

Est-ce dire qu’il ne faudrait rien faire au Québec? Bien au contraire! On peut démarrer une transition hors du pétrole qui créera beaucoup d’emplois. On peut dès maintenant améliorer les finances publiques en augmentant les revenus et en réduisant les coûts. Comment? En diminuant les dépenses en médicaments, en revoyant le salaire des médecins, en allégeant le nombre de cadres par la démocratisation de l’organisation du travail, en éliminant certains crédits d’impôt aux particuliers et aux sociétés, en réduisant les subventions aux entreprises… nous avons plusieurs options.