Endettement des ménages : entre inquiétude et panique

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L’endettement n’est plus qu’un sujet qu’on sort des poussières lorsqu’on ne sait plus quoi dire pendant le temps des fêtes. On s’en inquiète maintenant à l’année longue. Même si le taux d’endettement des ménages canadiens a atteint un niveau record de 167,3% l’an dernier, Desjardins persiste et signe : pas de panique! Ils nous avaient d’ailleurs fait la même prescription l’an dernier. Doit-on vraiment, malgré les inquiétudes à maintes fois répétées à ce sujet, cesser de paniquer? Examinons de plus près ce qui motive cet appel au calme.

 

 

Ratio d’endettement : alarmiste et incomplet ?

 

Dans cette étude économique, on se demande si on doit s’inquiéter de l’état actuel de l’endettement des québécois et québécoises, le ratio d’endettement de ces derniers ayant récemment atteint un niveau record.

 

La réponse : pas vraiment puisque cette mesure, qui divise la totalité de l’endettement (prêts hypothécaires, personnels, cartes de crédit, marges de crédit et prêts automobiles) par le revenu net, serait incomplète puisqu’elle ne met pas en relation les taux d’intérêts et omet l’étalement sur plusieurs années du remboursement.

 

Pourtant, on la met indirectement toujours en relation avec les taux d’intérêts en se demandant si, en cas d’une éventuelle remontée du coût d’emprunt, l’endettement moyen des ménages canadiens est viable.

 

Elle a néanmoins, comme toute moyenne, une première grande limite : elle ne nous dit rien de la distribution de l’endettement dans la population.

 

Dans le rapport, on favorise ainsi deux autres mesures pour tirer un diagnostic. Sans nuire à l’exercice, et en permettant même de mettre en effet un peu de lumière sur ce que la première mesure laisse dans l’obscurité, on verra qu’elles ont aussi leurs lacunes et que l’inquiétude semée par la mesure critiquée reste légitime.

 

Le service de la dette

 

Le ratio du service de la dette nous indique quelle proportion du revenu brut mensuel est accaparée par les paiements en intérêts et capital.

 

Comme on le mentionne dans l’étude, elle permet de mieux comprendre le poids financier de la dette sur les personnes et de voir qu’est-ce qui leur reste pour vivre après fait ces paiements.

 

Pourtant, deux éléments laissent place aux critiques.

 

En utilisant le revenu brut plutôt que le revenu net, on éloigne cette mesure de la réelle capacité de payer des ménages. Comme on a pu le constater dans notre publication sur les conditions d’un salaire viable, les revenus nécessaires pour un niveau de vie comparable varient fortement en fonction de la composition du ménage puisque cette-ci influence directement l’écart qu’on observera entre le revenu brut et le revenu net. Utiliser le revenu brut plutôt que le revenu net ne rend pas compte adéquatement de l’effort budgétaire nécessaire au remboursement des sommes dues.

 

Finalement, ce ratio ne donne aucune idée de la durée de vie du poids financier en question. Devrez-vous consacrer 20% de votre revenu à ces paiements pendant 25 ans ou 2 mois? Même si l’auteure reproche au ratio d’endettement d’être alarmiste puisqu’on n’a pas à rembourser le tout avec une seule année de revenus, il permet tout de même d’avoir une idée de la récurrence de la situation d’endettement et donc de la vulnérabilité aux fluctuations des taux d’intérêts.

 

Le ratio dette-actif

 

Quelle proportion de l’actif la dette représente-t-elle? Cette mesure nous permet donc de déterminer si les actifs suffisent à couvrir les dettes. Dans l’étude, on estime qu’au Québec, ce ratio se situe entre 0,2 et 0,3, un niveau qu’on juge globalement acceptable.

 

Pourtant, alors que l’on reproche au ratio d’endettement de ne pas mettre en relation les taux d’intérêts, le ratio dette-actif ne performe pas mieux à ce chapitre.

 

N’oublions pas l’effet qu’aurait une hausse des taux d’intérêts : augmentant le coût des hypothèques, elle diminuerait potentiellement la demande sur le marché de l’immobilier, et conséquemment, les prix. Ainsi, la dette resterait stable ou augmenterait (selon la présence d’un taux fixe ou variable), et la valeur marchande de l’actif diminuerait. Ce ratio pourrait donc rapidement augmenter, surtout que, comme le rapport en fait mention, pas moins de 75,5% de l’endettement des québécois est hypothécaire. Et comme la même auteure le mentionnait l’an dernier, environ 30% des prêts accordés, tous types confondus, sont à taux variables.

 

Une inquiétude légitime

 

Un rapport publié en 2015 par la Banque du Canada à ce sujet rappelle que, étant donné que l’endettement n’est pas réparti uniformément dans la population, l’analyse des données agrégées est insuffisante.

 

Dans l’analyse de l’endettement, on doit en effet être mesure de répondre à deux questions : L’endettement est-il généralisé? Et quelle est l’intensité de l’endettement chez les personnes concernées?

 

Malheureusement, aucune des statistiques critiquées ou avancées n’arrivent à leur répondre. Une chose est pourtant certaine : plus le ratio d’endettement augmente, moins nous sommes à l’abris des chocs que causerait une éventuelle hausse des taux d’intérêts. Et nous avons récemment atteint un sommet à ce chapitre.

 

Alors, doit-on suivre l’appel au calme lancé par Desjardins? Il y a toujours place à la mise en perspective de moyennes agrégées, mais gardons tout de même à l’esprit que,  pour toute institution financière comme Desjardins, l’endettement reste une activité lucrative...