Cachez ce RMG que je ne saurais voir

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Hier matin, Bernard Drainville révélait à l’antenne du 98,5 FM avoir mis la main sur une présentation dévoilant les grandes lignes du plan de lutte à la pauvreté qui sera déposé par le gouvernement dimanche prochain. On y apprend que, malgré les critiques du rapport du comité d’expert publié en novembre, François Blais proposera d’aller de l’avant avec le revenu minimum garanti (RMG). Est-ce désormais la fin des discriminations économiques entre les prestataires de l’aide sociale? Pourra-t-on dorénavant travailler un peu sans être pénalisé quand on reçoit l’aide de dernier recours? Les personnes qui se retrouvent au bas de l’échelle auront-elles enfin le droit à des revenus suffisants pour répondre à leurs besoins? Bien sûr que non. Franchement.

Le RMG est un concept qui circule depuis longtemps dans les cercles politiques. Le terme dit tout. En gros, il s’agit de garantir un revenu minimum à l’ensemble des personnes d’un territoire donné. Le concept est basé sur trois principes :

  • L’universalité : la prestation est offerte à tout le monde, peu importe l’âge, la condition d’emploi, le niveau de scolarité, etc.
  • L’inconditionnalité : aucune condition n’y est associée, on ne peut la réduire pour « punir » un comportement.
  • L’autonomie : l’utilisation de l’argent reçu n’est pas balisée, on peut le dépenser comme on le veut.

Bien entendu, la réalité s’éloigne souvent de la théorie. Ainsi, malgré le côté « universel » du RMG, il est rare qu’un projet de ce type s’applique à l’ensemble de la population, riche comme pauvre. Des critères économiques et de citoyenneté sont souvent appliqués. 

Au Québec, on se rappellera de Michel Chartrand qui défendait un revenu de citoyenneté dans les années 1990. On pourrait remonter encore plus loin et parler de l’expérience de Dauphin, au Manitoba, dans les années 1970. Mais c’est vraiment avec l’élection de François Blais en 2014 que l’on sent que cette mesure risque de se traduire en politique publique au Québec. C’est que, avant de devenir député, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale est d’abord un universitaire qui a longuement travaillé sur le concept. C’était donc sans surprise qu’on apprenait la mise sur pied d’un comité d’experts sur le RMG en 2016.

Leur rapport, par contre, était un peu plus surprenant. D’abord, il rejetait l’idée de mettre en place ce type de prestation puisqu’il n’est ni économique, ni particulièrement efficace dans la lutte à la pauvreté. En donnant un montant identique à tout le monde, y compris Pierre-Karl Péladeau et Paul Desmarais Jr., ça risque de coûter très cher, ou d’être une prestation tellement minime qu’elle ne change la vie de personne. Pourtant, ce qu’on voit testé aujourd’hui en Ontario, en Finlande, aux Pays-Bas, et ce qui était en place au Manitoba dans les années 1970, vise plutôt les personnes les plus précaires, tout en reprenant les principes d’universalité, d’inconditionnalité et d’autonomie. De plus, selon le rapport, le revenu « décent » à garantir est à 55% de la mesure du panier à la consommation (MPC), un indicateur qui sert à déterminer le panier de base pour répondre aux besoins les plus élémentaires. Autrement dit, pour éviter de désinciter au travail, il faudrait condamner les prestataires à l’indigence. Le ministre François Blais a sévèrement critiqué le rapport, mais surtout sur le premier aspect, celui du caractère utopique du RMG. Quant à la précarité de la vie sur l’aide sociale, elle semble s’accorder avec sa vision de la société.

Peu de détails ont filtré du plan de lutte à la pauvreté de dimanche. Nous n’avons droit pour le moment qu’au résumé de Bernard Drainville, qu’il a développé à travers un document (partiel) coulé et de quelques discussions avec des personnes (anonymes) qui sont au cœur du projet. S’il a raison, le RMG n’en sera un que de nom. En effet, il semble que l’on souhaite conserver Objectif emploi pour les nouveaux prestataires, un programme de « carotte » (augmenter les prestations en échange d’une participation à un programme de réinsertion) et de « bâton » (réduire la prestation de base si on refuse de participer au programme de réinsertion), et que l’on étende le premier volet à l’ensemble des prestataires. Bref, on parle d’un RMG à condition d’agir en « bon pauvre ». Quant à la barre de 55%, on ne s’attend pas à la voir se redresser. C’est déjà mieux que l’état actuel des choses, mais bien loin de ce qui est suffisant pour répondre à ses besoins.

Dimanche, on risque de sortir tambours et trompettes pour dire qu’enfin, on aidera les plus pauvres de manière « efficace ». Qu’enfin, on mettra le budget nécessaire pour sortir des dizaines de milliers de personnes de la pauvreté. Qu’on fera tout ça… l’an prochain, après les élections, si on vote du « bon bord ». Ainsi, en plus d’être des mauvaises solutions à de véritables problèmes, le plan de lutte à la pauvreté sera un paravent électoral de plus pour masquer le bilan désastreux du présent gouvernement. On aimerait s’attendre à mieux, mais on n’oserait pas être si naïfs. 

Yves Legault

Le revenu de citoyenneté doit garantir les besoins de base. En premier lieu, les besoins de base sont le loyer, l'alimentation, les vêtements et l'instruction publique... Mais il y en a d'autres! En second lieu, il suffit de prendre quelques mesures:
1- fusionner tous les programmes ou l'état donne de l'argent en un seul.
2- Cesser de taxer la sueur.
3- Taxer le profit.
4- Taxer les entreprises à la hauteur de leur usage/consommation des ressources nationales.
5- Seules les entreprises paieraient un impôt sur le revenu.
Avec un RMG de 2,000$ par tête par mois, cela fait une dépense de 200 milliards de dollars par an.
C'est la moitié de son PIB...
Ça ferait donc un partage moitié-moitié de la richesse produite entre les entreprises et le peuple.
Quoi de plus équitable?

Jamélie

Mesure sociale