Austérité et bordel informatique

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Jean-Nicolas Blanchet du Journal de Québec est sans doute le journaliste qui suit de plus près le secteur de l’informatique gouvernementale au Québec. Son dossier « Le bordel informatique » a mis plus d’une fois de l’avant les problèmes de ce secteur. Le 3 décembre dernier, le journaliste faisait état des résultats d’une demande d’accès à l’information qu’il a réalisée, constatant que les consultant.e.s privés en informatique étaient presque aussi nombreux et nombreuses que les fonctionnaires au sein du gouvernement du Québec, ce qui entraîne des coûts importants pour l’administration publique. Blanchet notait par exemple qu’au sein du Centre des Services Partagés du Québec (organisme dont la mission est d’offrir des services aux organismes publics), le budget octroyé aux 324 consultant.e.s privés est plus élevé que celui consacré aux fonctionnaires, pourtant trois fois plus nombreux et nombreuses!

Effectifs et coûts en main-d’œuvre informatique

Organismes ou projets
Nombre de consultant-es privés
Nombre de fonctionnaires

Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ)
299
332

SAGIR (projet de gestion des ressources gouvernementales)
181
161

Centre des Services Partagés du Québec
324
(budget de 129 M$)

1 001
(budget de 71,5 M$)

Source : Jean-Nicolas Blanchet

Ces constats font écho à une étude de l’IRIS sur la sous-traitance, dans laquelle les auteur.e.s montraient aussi l’ampleur du phénomène dans le secteur de l’informatique gouvernementale. Sans établir de liens de causalité, l'IRIS notait que les dépassements de coûts et d’échéanciers étaient très fréquents dans tous les cas de sous-traitance qu’ils avaient étudiés, et que ceux-ci apportaient leur lot de désaccords, d’incompréhensions, voire même de poursuites judiciaires. L’étude concluait également que la sous-traitance dans le secteur informatique « renforce l’opacité et mine la reddition de comptes ».

L’opacité est en effet un véritable problème en matière de dépenses informatiques. Si les coûts des systèmes informatiques au gouvernement du Québec sont évalués à environ 3 milliards $, le portrait exact reste cependant impossible à déterminer, de l’aveu même de l’ancien dirigeant principal de l’information (le principal responsable de l’informatique au sein du gouvernement du Québec). D’ailleurs, l’organisme Facil, qui fait la promotion des logiciels libres, publiait le 9 décembre les conclusions de la phase 2 d’une « méga demande d’information » pour obtenir les bilans des dépenses informatiques auprès de plusieurs organismes publics, bilans rendus obligatoires depuis 2011 par la « Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles des organismes publics et des entreprises du gouvernement ». Or, plusieurs organismes (notamment les institutions d’enseignement) ont répondu n’avoir pas produit un tel document, tandis que les informations restaient particulièrement fragmentaires dans bien d’autres cas. Facil présentait a également un tableau des cas connus de mauvaise gestion de projets dont voici quelques extraits :

Dépassement de coûts de quelques projets informatiques

Projets
Coûts évalués
Coûts prévus ou avérés

Solutions d'affaires en gestion
intégrée des ressources (SAGIR)
83 millions
Plus d’un milliard

Réseau national intégré de
radiocommunication (RENIR)
144 millions
994 millions
(850 millions plus cher)

Dossier santé
563 millions
1,4 milliard

Système d'information clientèle
(Hydro-Québec)
270 millions
470 millions

Source : Wiki de Facil, Tableau des cas de mauvaise gestion informatique


Face à ce « bordel informatique », l’indignation se fait de plus en plus entendre, autant à droite qu’à gauche. Au début du mois de novembre, la CAQ et Québec Solidaire ont demandé une enquête publique sur les contrats informatiques, demande qui a évidemment été rejetée. Le député caquiste notait d’ailleurs en préambule que le dépassement de coûts d’un projet informatique particulier (le projet RENIR) équivalait à lui seul à deux fois et demie les coupures imposées aux municipalités! Du côté syndical, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) déplore également depuis plusieurs années la perte d’expertise et les coûts reliés à la sous-traitance en informatique, et réclame également une commission d’enquête publique sur l’attribution des contrats informatiques. Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) condamne lui aussi ces dépassements de coûts.

Plutôt que de couper tous azimuts dans les services publics, il serait donc peut-être temps d’entreprendre un sérieux ménage dans l’informatique gouvernementale.

masineau

Yves Legault

Pourquoi un gouvernement peut-il cacher quelque chose à un citoyen?
Parce que, pour un citoyen de savoir, cela lui ferait mal?
Pour le moment, c'est payer aveuglément sans avoir de services conséquents qui fait mal!
L'imputabilité n'existe plus!

Hugues