Le projet « austéritaire », La « révolution » néolibérale de l’État

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L’essai The Fourth Revolution de John Micklethwait et Adrian Wooldridge prétend que l’État social est devenu trop coûteux. La seule solution serait de parachever la révolution néolibérale des années 1980 en mettant en place une réingénierie de l’État, des privatisations et des coupes dans les services publics. Autrement, les États capitalistes autoritaires d’Asie pourraient dépasser ceux d’Occident en termes d’efficience et de productivité.

Selon les auteurs, la démocratie serait devenue «trop démocratique» et concéderait trop d’avantages à des groupes particuliers comme les syndicats ou les industriels par le biais du «capitalisme de copinage» (crony capitalism). La solution serait de réduire la taille de l’État pour s’en remettre davantage au libre marché, à la liberté de l’individu et à l’entreprise privée. Il conviendrait donc de restreindre la démocratie et d’imposer de manière autoritaire une limitation du rôle social de l’État, celui-ci étant réduit au simple rôle de catalyseur d’un développement économique dont l’impulsion provient du secteur privé.

Sachant que cette proposition d’une «quatrième révolution» néolibérale inspire ouvertement le gouvernement du premier ministre Philippe Couillard, il s’avère pertinent de présenter une recension critique de cet essai au public qui souhaiterait contextualiser les transformations socioéconomiques en cours et à venir.

L’étude de cet ouvrage révèle que les transformations actuelles ne relèvent pas uniquement de mesures d’austérité, mais sont à resituer dans un projet plus général de transformation du rôle de l’État. Il s’agit somme toute de poursuivre la révolution néolibérale entamée dans les années 1980 sous Margaret Thatcher et Ronald Reagan. La source du problème serait que l’État social est devenu trop coûteux et inefficace. Il faudrait donc en démanteler et privatiser des pans entiers. Or, cette lecture méconnaît les causes de la crise des finances publiques, propose des mesures qui se sont révélées des échecs ailleurs dans le monde, et surtout ne permet pas de penser un « État du XXIe siècle» susceptible d’enrayer – notamment – les problèmes liés aux inégalités socio-économiques et aux problèmes écologiques. 

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