Qu’est-ce que le PIB?

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Lorsque vient le temps de dire si l’économie se porte bien ou non, de nombreux analystes ont comme réflexe naturel de se tourner vers le produit intérieur brut, ou PIB. C’est là un indice, semble-t-il, qui fournirait une sorte de diagnostic-éclair, trimestre après trimestre, de la santé de notre économie. On enregistre une croissance du PIB? Tout va bien. Le PIB régresse? Péril en la demeure! Ainsi, pour lutter contre le chômage, hausser les niveaux de vie et financer les missions de l’État, il n’y aurait point de salut en-dehors de la croissance du PIB.

Définition et calcul Mais qu’est-ce donc, au fond, que cet indice dont on entend tant parler? En fait, le PIB est simplement une mesure du niveau d’activité économique enregistrée sur un territoire au cours d’une période donnée. Des organismes comme Statistique Canada et l’Institut de la statistique du Québec fournissent régulièrement le taux de croissance du PIB à partir de la valeur marchande de l’ensemble des biens et services finaux échangés, en comparant une période avec la période précédente. Et donc, une forte croissance du PIB au cours d’un trimestre donné signifie que les ménages, les entreprises et l’État se sont échangés, au cours de cette période, un nombre plus grand de biens et de services, à un prix plus élevé.

Comme nous le signale Statistique Canada, il y a trois façons de calculer le PIB : par les revenus, par les dépenses et par la valeur ajoutée. Quand on entend parler du PIB dans les médias, on nous présente généralement un seul chiffre, celui obtenu suite à un rapprochement entre le PIB par les dépenses et les revenus. Le calcul du PIB par la valeur ajoutée est quant à lui utilisé pour calculer les PIB sectoriels par industrie.

Pour calculer le PIB par les revenus, on agrège l’ensemble des revenus des particuliers, des entreprises privées et publiques, des revenus de placement, l’augmentation de la valeur des stocks et les impôts (dont on soustrait les subventions).

Du côté du PIB par les dépenses, on additionne les dépenses en biens et services des individus et du gouvernement, les investissements des entreprises et du gouvernement, l’augmentation du capital fixe des gouvernements et entreprises, auxquels on ajoute les exportations moins les importations.

Statistique Canada calcule ensuite l’écart entre les deux résultats (appelé divergence statistique) et adopte le résultat à mi-chemin entre le PIB calculé par les dépenses et celui calculé par les revenus comme étant le PIB.

Lorsqu’il s’agit de mesurer l’évolution du PIB sur plusieurs années, on utilise le PIB réel. Il s’agit du calcul du PIB par les dépenses, ajusté pour tenir compte de la hausse du niveau des prix, ou inflation. Ainsi, le PIB réel permet en théorie de connaître la production d’un pays entre deux périodes données sans que cette mesure soit distordue par la variation générale des prix. Par opposition, le PIB non ajusté selon l’inflation est appelé PIB nominal.

Des limites importantes

Nous avons fait valoir à plus d’une reprise par le passé (notamment dans notre entrée de blogue d’août dernier et dans notre brochure de 2011) que miser aveuglément sur la croissance du PIB constitue une stratégie de politique publique inefficace et même nuisible pour faire face aux défis du 21e siècle. Par ailleurs, ces critiques sont assez bien connues. Pour résumer, le PIB ne prend ni en compte les inégalités grandissantes de revenus que connaît le Québec, ni l’épuisement des ressources, comme par exemple les stocks de poissons et de crustacés. Un PIB en croissance peut donc masquer des problèmes importants. En fait, à une époque comme la nôtre, c’est plus souvent qu’autrement le cas.

Le PIB demeure quand même utile dans plusieurs domaines, pour prévoir les revenus budgétaires du gouvernement à court ou moyen terme, par exemple, ou encore pour évaluer le poids de la dette publique. Ce qui est remis en question n’est pas l’existence même de l’indice, mais son utilisation par plusieurs analystes comme baromètre de la santé économique générale.

Faire place à de nouvelles mesures

De plus en plus d’organismes appellent à dépasser le PIB comme indicateur de progrès social, suivant ainsi les avertissements de Simon Kuznets, l’architecte du système de comptabilité nationale, qui signalait déjà en 1934 que « le bien-être d’une nation ne [saurait] guère se déduire d’une mesure du revenu national ». Sur la scène internationale, une importante Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social, déclenchée dans les dernières années par le gouvernement français et pilotée par des chercheurs de grande renommée dont Joseph Stiglitz et Amartya Sen, a conclu en 2009 qu’« il [était] temps que [les systèmes statistiques mettent] davantage l’accent sur la mesure du bien-être de la population que sur celle de la production économique, et qu’il [convenait] que ces mesures du bien-être soient resituées dans un contexte de soutenabilité ». Dans la foulée de ces recommandations, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a conçu un fort intéressant indicateur de bien-être, l’Indice Vivre mieux, qui offre un portrait nuancé du progrès social des 34 États membres.

Au Canada anglais, l’équipe de recherche responsable de l’Indice canadien du mieux-être signalait en octobre dernier que malgré une croissance du PIB de 28,9 % entre 1994 et 2010, la qualité de vie ne s’est améliorée que de 5,7 % pendant la même période, avec plusieurs composantes affichant un déclin. La croissance du niveau d’activité économique a donc été en bonne partie détachée du réel progrès social.

Le PIB critiqué jusque dans les sphères économiques traditionnelles

Au Québec, l’Association des économistes québécois (ASDÉQ) a lancé le mois dernier une série d’articles portant sur les limites du PIB et sur les indicateurs du progrès des sociétés. On y affirme que le PIB « présente la société à travers un prisme déformant et réducteur » et que « les économistes ne [peuvent] rester indifférents à la question [de la quête d’un indicateur de remplacement au PIB] ». Puis, il y a deux semaines, Gérald Fillion, le journaliste économique le plus cité au Québec, demandait sur son blogue « Est-ce la fin de la croissance? » Il y présentait alors le dernier livre de Jeff Rubin, La fin de la croissance, comme une lecture « essentielle ». Manifestement, remettre en question l’objectif de croissance du PIB n’est plus une affaire de marginaux.

Une réflexion de fond à mener

Mais alors, demanderont certains à juste titre, si l’on devait mettre au rancart l’objectif de croissance du PIB, comment créerions-nous suffisamment d’emplois? Comment financerions-nous nos services publics? Comment ferait-on face au choc démographique, au poids de la dette? Voici là des questions importantes et légitimes, auxquelles les responsables politiques sont aujourd’hui appelé.e.s à répondre à la lumière des limites connues de l’indice qu’est le PIB et des réalités écologiques de notre temps. Concilier les aspects sociaux, environnementaux et économiques du développement nécessite de profondes réévaluations de nos façons de produire, de consommer et de vivre en général, dont certaines sont déjà amorcées. Chose certaine, les mêmes vieilles solutions ne suffisent plus à résoudre les problèmes nouveaux que nous connaissons, et le « business as usual » n’est décidément plus une option.

Commentaire sur l'article

Ghislaine Gagnon

Bonjour,
Cette article est bien, mais j'aimerais comprendre comment nos élus et les contribuables peuvent faire pour faire monter le PIB
?
Avons-nous un rôle à jouer pour aider à augmenter la PIB?

Laurette Racine

Pour mieux comprendre, j’apprécierais que cette théorie soit appliquée au PIB canadien d’une période X , sans tomber ds les subtilités.

Merci