Manifestations, négociations collectives et conjoncture de l’industrie hôtelière : que croire des hôteliers?

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Durant les mois de mai et juin, les mobilisations étudiantes faisaient rage, le tintamarre de casseroles résonnait chaque soir, à Montréal, à Québec, à Sherbrooke et dans bien d’autres villes québécoises. Ces évènements réunissaient un nombre impressionnant de personnes, une foule composée non seulement d’étudiant-es, mais aussi d’autres « gens ordinaires » indignés de l’agissement général du gouvernement.

Puis soudainement, les représentants de l’industrie touristique ont occupé un espace médiatique important, indiquant leurs inquiétudes face à ce que pourraient avoir comme conséquence ces mobilisations sur leur industrie. On voyait intervenir régulièrement Gilbert Rozon, fondateur du Festival Juste pour rire, Charles Lapointe, p.d.g. de Tourisme Montréal (d’ailleurs tous deux proches de la ministre du Tourisme Nicole Ménard) et, bien sûr, les représentants de l’Association des hôteliers du Grand Montréal (AHGM) et de l’Association des hôteliers du Québec (AHQ). Tous disaient que l’industrie allait mal.

Le 28 mai (alors que le mois n’était pas encore terminé), les hôteliers annonçaient déjà une baisse de 25 500 nuitées à Montréal comparativement à mai 2011. De plus, ils estimaient que les réservations étaient en baisse de 25 % dans les hôtels et que des pertes étaient à prévoir durant la période du Grand Prix de Formule 1 en début juin. « L'image de Montréal à l'étranger est ternie, écrivait Charles Lapointe. Toute turbulence a des conséquences négatives immédiates et difficiles à redresser. » La d.g. de l'AHQ, Danielle Chayer, affirmait de plus que les circonstances avaient un impact négatif sur l'embauche et l’emploi dans l’industrie hôtelière.

Je me demandais alors, candidement, pourquoi les représentants de l’industrie touristique avaient si peur de la crise sociale. Ne s’attendaient-ils pas à une accalmie estivale? Les hôteliers ne devraient-ils pas plutôt se dire inquiets de l’impact que pourraient avoir les négociations de conventions collectives à venir dans le secteur? Pourquoi n’en parlaient-ils pas?

Puis j’ai compris, en découvrant les données publiées par le ministère du Tourisme et provenant de l’enquête réalisée par l’Institut de la statistique du Québec (une source bien moins à risque de se situer en conflit d’intérêts). Selon cette source, l’achalandage a en fait augmenté dans le grand Montréal (+6,0 %) et dans l’ensemble du Québec (+4,5 %) au mois de mai comparativement à même date l’an dernier. Les performances enregistrées sont encore meilleures pour le mois de juin. L’achalandage est en hausse importante (+15,8 % et +5,5 % respectivement), alors que l’AHGM prétend que la demande a seulement augmenté de 1 % à Montréal. Les taux d’occupation de juin ont été très élevés, du jamais vu depuis 2002, autant pour le grand Montréal (75 %) que pour l’ensemble du Québec (57,9 %).

Peut-on encore croire aux statistiques que fournissent publiquement les hôteliers? Leur stratégie consiste-t-elle à donner une fausse impression sur la conjoncture de leur secteur? Le font-ils dans le seul but de s’avantager dans le cadre des négociations qui ont lieu avec les travailleuses et les travailleurs de l’industrie? La question mérite au moins d’être posée.

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