La France du PS : L’Europe, les eurobonds et la BCE

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Premier article d'une série sur la France depuis l'élection de François Hollande qui s'étendra sur les prochaines semaines.

La crise qui a frappé la Grèce et qui s’étend maintenant au Portugal, à l’Italie et à l’Espagne est au cœur des tractations politiques européennes des deux dernières années. La campagne présidentielle française n’y a pas échappé. Alors candidat, François Hollande défendait la mise en place d’eurobonds pour sortir de la crise des dettes souveraines. Qu’était donc cette idée d’eurobonds et que s’est-il effectivement passé en Europe après l’élection de l’actuel président français pour régler cette crise?

Les eurobonds

L’idée était plutôt simple (et elle est bien expliquée ici). Pour l’instant, lorsque les pays membres de l’Union Européenne ont besoin de faire des emprunts pour financer leurs infrastructures ou leurs opérations courantes (quand leurs budgets sont déficitaires) ils le font sur leur propre base, comme le fait le gouvernement du Québec, c’est-à-dire qu’ils font des emprunts ou émettent des obligations que leur gouvernement doit rembourser. Les taux d’intérêt de ces prêts sont établis en fonction de la capacité de payer des pays en question, ce qui fait que les pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie voient leurs taux d’intérêt exploser.

Les eurobonds proposaient de changer cette logique. Des obligations auraient été émises alors par la Banque centrale européenne (BCE) à des taux d’intérêt correspondant à la capacité de remboursement de l’Europe entière. Ainsi, l’Allemagne et la France auraient vu leurs taux d’intérêt augmenter légèrement, mais les petits pays (qui ne représentent pas une grande part de l’économie européenne) auraient vu les leurs décroître de façon importante. Si les modes d’application des eurobonds varient selon qui les propose, c’est dans tous les cas le premier pas vers une collectivisation des dettes nationales européennes.

Pourquoi ça n’a pas marché

En mai dernier, peu après son élection François Hollande avait voulu avancer très vite sur les eurobonds en les faisant passer, lors de sa première présence au Conseil européen, comme la nouvelle priorité de l’Europe. Ce premier succès ne durera pas. En juin, alors que les ministres des finances européens doivent se rencontrer pour mettre en place ces priorités, le premier ministre français Jean-Marc Ayrault se rétracte et parle d’une mise en place des eurobonds dans « plusieurs années ». Ce recul est interprété comme un gain pour la chancelière allemande Angela Merkel.

Opposée depuis longtemps à toute mutualisation des dettes, l’Allemagne n’y voit aucun bénéfice possible. Pour elle, les pays qui ont trop emprunté et trop accumulé de déficit doivent vivre avec les conséquences de leurs actes, un discours qui plaît particulièrement aux électeurs conservateurs de la chancelière. Le président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, ne se prive pas pour comparer l’idée d’eurobonds au fait de «prêter la carte de crédit familiale à un cousin dépensier ».

Cependant, les dirigeants allemands se privent bien de rappeler que la faible productivité des pays du Sud a mené à (si elle n’est pas causée par) l’achat important dans ces pays de produits allemands. Pour un pays dont l’économie est largement fondée sur l’exportation de biens, ce sous-développement du Sud de l’Europe était une bonne nouvelle.

Que s’est-il passé au lieu des eurobonds

En août, François Hollande et Mario Monti ont pressé la BCE d’intervenir sur les dettes souveraines de l’Italie et de l’Espagne, sans préciser le moyen qu’elle devait utiliser pour intervenir.

Quelques jours plus tard, la BCE intervint effectivement en lançant son Outright Monetary Transaction (OMT). Comme l’explique Christian Chavagneux dans deux billets de blogues (ici et ici, mais contestés sur un point ici), au lieu de contracter des prêts pour les pays en difficulté, la BCE achètera des obligations déjà émises à des taux d’intérêt très bas, et ce sans limite d’achat.

Cette mesure est plus facilement défendable pour les dirigeants de la BCE qui peuvent ainsi prétendre qu’elle est appliquée non pas pour venir en aide aux pays en difficulté, mais pour assurer la réalisation de sa politique monétaire qui vise à réduire les taux d’intérêt des obligations des pays pour stimuler l’activité économique. La BCE tente ainsi de plaire à Berlin comme à Paris et à Rome, en assurant des baisses de taux d’intérêt des pays les plus mal en point sans provoquer de hausses importantes de ceux qui s’en tirent le mieux.

Il est fort probable que sans l’élection de François Hollande, la BCE n’aurait jamais été aussi loin. Si on peut donc créditer Hollande d’un relatif succès, il reste bien incertain et probablement éphémère si une politique de mutualisation des dettes (à travers les eurobonds ou un autre mécanisme) ne se met pas en place sous son mandat.

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