Investir dans les sables bitumineux: un crime contre l’humanité?

Par

La question est provocatrice. Elle est néanmoins sérieuse. Marc Lee la posait en juin dernier dans un billet sur le Progressive Economics Forum. Son argument est assez simple et difficilement contestable. Outre quelques cas précis, la plupart des Canadiens sont convaincus par les preuves scientifiques de l’existence des changements climatiques et de leurs liens avec l’émission de gaz à effet de serre.

Or, nous savons aussi que l’industrie des sables bitumineux émet une vaste quantité de ces gaz en plus de détruire de façon irrémédiable des écosystèmes entiers. Or, les changements climatiques causeront une augmentation des catastrophes naturelles, en plus d’importants déplacements de population, conséquence de la crue des eaux. En se fondant sur un rapport de Economics of Climate Adaptation qui calcule que les catastrophes naturelles des 50 dernières années ont causées 800 000 morts, Lee pose la question : combien en causeront celles qui seront provoqués par les changements climatiques? Qui portera la responsabilité de ces morts qui auraient pu être évités?

De notre point de vue, cette affirmation peut paraître hasardeuse, mais dans 50 ans, quel regard l’Histoire et ceux qui l’auront vécu jetteront sur nos choix d’investir dans ces énergies en se fondant sur leur seule rentabilité? Les 174 milliards de barils de pétrole que nous rêvons d’extraire seront-ils aussi séduisant pour le jugement de ceux et celles qui nous suivront?

La part du Québec

Au Québec, les sables bitumineux nous semblent bien lointains. Or, Eric Pineault a fait la démonstration que nous ne pouvons plus jouer à l’autruche. L’argent de la Caisse de dépôt et placement du Québec finance le développement d’entreprises qui œuvrent dans ce type d’énergie. Voici les 10 plus importants investissement en bourse de la Caisse, avec une mention spéciale pour les entreprises investissant dans les sables bitumeux.  

Donc, la moitié  des dix investissements en bourse les plus importants sont dans les sables bitumineux. Un seul de ces investissements se fait au Québec (CGI).

Si l’accusation de Mark Lee est valide, quel rôle joue le Québec dans ce crime? De tout évidence, il est plus complice que témoin.

Les autres problèmes des sables bitumineux

Comme si ce n’était pas suffisant, les sables bitumineux ne posent pas que de graves problèmes environnementaux. Sur le plan du développement économique, on peut aussi prévoir des conséquences fortement néfastes.

L’exploitation des sables bitumineux participe à la "décomplexification" de la production. En général plus les pays sont développés plus ils produisent des produits complexes. Le Canada fait piètre figure à cet égard. L'investissement dans les sables bitumineux centre l'économie canadienne sur l'extraction de ressource sans transformation. Nous nous rapprochons ainsi du modèle d’une économie en développement plutôt que celui d'une économie développée.

À moyen terme, à cause de la rente liée à l’exportation des ressources pétrolifères (que le gouvernement fédéral semble vouloir faire croître), le Canada pourrait ressentir avec plus d’intensité le mal hollandais et voir croitre davantage son dollar, ce qui participerait à diminuer davantage la diversification de son économie.

Ces quelques réflexions ont été utiles pour préparer mon intervention au Trio Écono de l'Après-midi porte conseil du 16 février 2012.

Commentaire sur l'article