Rémunération médicale : peu à peu, le vent tourne

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La caste des médecins mercantiles, qui causent tant d’ennuis aussi bien aux services de santé à la population qu’à la réputation de leurs collègues médecins qui se comportent comme de véritables professionnel-le-s de la santé, a fait des gains majeurs lors des négociations de 2007. Mais à force d’afficher une irrépressible cupidité, les fédérations médicales devraient subir avant longtemps le ressac nécessaire à une gestion responsable de la part du trésor public allant au réseau sociosanitaire.

 

La proportion des dépenses de santé au Québec allant aux médecins était de 14,9 % en 2006-2007 et elle sera de 20,4 % en 2017-2018.

C'est ce qu'on indique à la p. E.20 des « Renseignements additionnels » accompagnant le budget déposé hier à Québec. La brève section consacrée au financement de la santé montre relativement bien l’inflation démesurée de l’argent public accaparé par les 21 468 médecins de la province. On peut y lire que les médecins ont empoché des augmentations moyennes annuelles de 7,6 % depuis dix ans (p. E.12), y compris en période d’austérité. On note aussi que le Québec se situe désormais au-dessus de la moyenne canadienne pour la part des dépenses de santé qui va à la rémunération médicale (p. E.13).

Malheureusement, le gouvernement n’a pas profité de ce nouvel exercice budgétaire pour rectifier le tir. Après des rumeurs voulant qu’on annule les nouvelles hausses de rémunération que l’on avait reportées étant donné leur lourdeur extrême pour les finances publiques, et d’autres rumeurs voulant qu’on annule plutôt la clause remorque qui leur octroie automatiquement des hausses supplémentaires en fonction des résultats des négociations dans le secteur public, on se retrouve finalement avec... rien.

Pas surprenant que le gouvernement ait camouflé cette partie du budget dans un document secondaire. Sa « proposition » aux médecins en trois points (p. E.19) est plutôt gênante :

·       Un réaménagement de l’étalement convenu en 2014

·       Un plafonnement à 3% de la croissance de l’enveloppe allouée à la rémunération médicale

·       La réalisation d’une étude sur l’écart de la rémunération médicale entre le Québec et l’Ontario

Aucun détail sur ce « réaménagement », mais cette façon de tournoyer autour des gestes qui s’imposent au gouvernement relativement à cette gabegie est révélatrice du pouvoir de l’establishment médical et sa proximité avec le gouvernement. Même chose pour ce qui est de la réalisation d’une étude : cette annonce est une insulte à l’intelligence de la population tant les écrits sur cet enjeu se sont accumulés dans les dernières années.

On doit plutôt se demander si le gouvernement ne cherche pas simplement à gagner du temps pour faire oublier ses largesses envers les médecins sans causer trop de remous. Et sans reculer.

Quant au deuxième point, le plafonnement envisagé signifie en fait qu’il faut s’attendre à voir le gouvernement dilapider encore plus de fonds publics pour les insatiables médecins qui dirigent les fédérations médicales.

Les propositions de l’IRIS vont dans le sens inverse. Nous avons proposé non seulement de réduire la rémunération médicale, mais aussi de modifier le statut des médecins afin d’en faire des salarié-e-s comme les autres travailleuses et travailleurs de la santé.

Tout semble maintenant indiquer que les excès des médecins ont miné leur légitimité auprès de la population. Les partis politiques font de plus en plus écho à cette exaspération populaire. L’actuel chef du Parti québécois avait déjà appelé à geler la rémunération médicale. Hier, en réaction au budget, le chef de la Coalition Avenir Québec François Legault faisait un pas de plus et demandait qu’on renégocie les ententes avec les médecins afin qu’il y ait « décroissance » plutôt que « croissance » de la rémunération.

Si à la fois le chef de la CAQ et l’IRIS s’entendent pour dire qu’une politique n’a pas beaucoup d’allure, ça signifie qu’il y probablement un spectre assez large de personnes au Québec qui sont d’accord là-dessus. Le gouvernement libéral devrait en prendre note au lieu de se défiler.

Mylène L-P