Messieurs, vous pouvez arrêter de travailler: l’équité de revenu est atteinte pour cette année

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C’est aujourd’hui, le 10 novembre, que les hommes du Québec peuvent arrêter de travailler pour le reste de l’année et que le 31 décembre prochain à minuit, en échangeant des vœux de bonne année, ils auront gagné le même revenu de travail que les femmes. Qu’est-ce qui explique que les femmes gagnent moins que les hommes au Québec?

L’un des premiers réflexes que l’on pourrait avoir c’est de se dire que les femmes ont plus tendance à travailler à temps partiel. Il est vrai qu’elles sont plus nombreuses dans cette situation (environ 65% des personnes qui travaillent à temps partiel sont des femmes) et lorsqu’elles le sont, elles ont un salaire horaire médian* plus élevé que celui des hommes. En 2014, le salaire horaire médian pour les femmes travaillant à temps partiel est de 14,14$, tandis que le salaire des hommes est de 12,26$. Mais il ne faut pas se réjouir trop vite : le salaire horaire médian pour tous les emplois (temps plein et partiel) est de 20,26$.  En fait, ça démontre plutôt que le statut d’emploi où les femmes sont majoritaires (temps partiel) tend à offrir des salaires plus bas que l’ensemble du marché du travail. Et il y a là une partie importante de la réponse. Surtout que, pour déclarer le 10 novembre 2014 comme journée de référence, nous n’utilisons pas le travail à temps partiel dans le calcul. Si nous l’avions fait, nous aurions écrit ce billet il y a déjà deux semaines.

Le tableau qui suit expose les différences entre les hommes et les femmes sur le plan des salaires hebdomadaires médians.  

Comparaison des revenus hebdomadaires médians. Québec, 2014

 

Tous les emplois

temps plein

temps partiel

Hommes

820,00 $

872,00 $

210,00 $

Femmes

663,00 $

750,50 $

240,00 $

Statistique Canada, Tableau 282-0069 

Comme on le voit dans le tableau, lorsque les femmes travaillent à temps plein (plus de 30 heures de travail dans la même semaine), elles gagnent 122$ de moins par semaine que leurs homologues masculins qui travaillent eux aussi à temps plein. Ce 122$ peut se transformer (si les hommes et les femmes travaillent le même nombre de semaines dans l’année) en une différence du revenu annuel entre les hommes et les femmes d’environ 6300$.

Le problème des différences de revenu entre les hommes et les femmes n’est pas une question de choix du temps qui est passé à travailler ou de temps consacré aux tâches ménagères. En analysant les revenus médians hebdomadaires, nous voyons poindre l’hypothèse d’une iniquité genrée qui dépasse les problèmes visés par la loi sur l’équité salariale. Cette loi, qui a encore sa pertinence aujourd’hui, vise à appliquer «à travail égal, salaire égal.» Mais ici, ce que l’on voit, en plus de ce problème d’iniquité de salaire pour un emploi similaire, c’est que les fondements du marché du travail tendraient à attribuer une valeur monétaire plus importante au travail «masculin» qu’au travail «féminin». Et c’est parce que le marché du travail reproduit ces iniquités genrées des salaires qu’en ce 10 novembre, messieurs, vous pouvez arrêter de travailler et vous aurez touché, en bout de ligne, le même salaire que les femmes en un an.  

* Le salaire médian veut dire qu’il y a 50% de la population qui gagne plus que ce montant et par conséquent 50% qui gagnent moins que ce montant.