L'État néolibéral se porte bien

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Il fut un temps où on allait au budget pour apprendre de nouvelles choses. On attendait avec impatience de connaître la direction que souhaitait prendre le gouvernement. Cette époque semble révolue. Désormais, le budget sert manifestement à confirmer des annonces déjà présentées, déployer des stratégies de relations publiques et opérer des manœuvres électorales.

 

Il existe effectivement quelques annonces importantes dans le budget québécois de l’exercice 2017-2018, mais c’est surtout une impression de déjà-vu qui prend le dessus. Ainsi, on retrouve dans le budget la fameuse « économie de dirigeants » présentée en février, les investissements pour la réfection des écoles annoncée en mars ou encore les engagements pour le transport en commun dont on nous parle depuis des mois.

Il y a des surprises, c’est vrai. Mais rarement des bonnes. Cette fois on concède une baisse d’impôt de 1,2 G$ qui n’est ciblée ni sur la classe moyenne qu’on prétend défendre, ni sur les familles censées être prioritaires, ni sur les personnes seules qui sont historiquement les plus défavorisées par nos protections sociales. Au final, tous les payeurs et payeuses d’impôt verront leur contribution diminuée d’un montant relativement équivalent, et pas si important. Derrière ce changement il n’y a aucune réflexion sur la structure de notre système d’impôt, ni sur l’équité de la répartition de sa charge.

Oh, il y a bien un réinvestissement en éducation et en santé qui vise spécifiquement à engager du personnel de première ligne (enseignants, orthophonistes, préposées aux bénéficiaires, etc.), mais ce sont exactement ces personnes qui ont fait les frais de l’austérité imposée par ce même gouvernement à coup de milliards de dollars. Par exemple, en éducation, le manque à gagner se chiffre à 780 M$ depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux. En santé, ce chiffre atteint 4 G$ si on considère les compressions depuis le début de la décennie. Cependant, il faudra attendre après les élections (surprise!) pour voir le gros des réinvestissements. Le mal fait durant ces années de sous-financement peut difficilement être récupéré... Et bien que Carlos Leitão reconnaisse la pertinence des conclusions du rapport de la Protectrice du citoyen sur les conséquences de l’austérité, il semble incapable d’admettre que ce sont ses propres décisions qui les ont causées.

Alors, qu’est-ce qu’on doit retenir de ce budget? Que l’État néolibéral se porte bien. Du côté de l’entrepreneuriat, si on annonce 1M$ pour la reprise collective des entreprises et le même montant pour l’économie sociale, la somme s’élève à 54 M$ pour promouvoir une « économie de dirigeants ». Le message est clair. La chape de plomb qu’on a fait porter aux services publics permet maintenant de dégager des surplus importants que l’on détourne vers le Fond des générations, ce qui fera plaisir aux milieux financiers, mais abandonnera une fois de plus la population à son sort. C’est 2,5 G$ qu’on versera dans ce fond au terme de cette année budgétaire, une augmentation de 500 M$. L’année suivante, le versement atteindra près de 3 G$ et portera à plus de 16 G$ l’argent déposé dans ce Fond depuis sa création en 2006-2007.

En conférence de presse, le président du Conseil du Trésor disait qu’il fallait se méfier des « cigales dépensières » qui risquent de gâcher le bon travail de ceux qui se voient sans doute comme de vaillantes fourmis. Il faut tout de même un certain culot pour désigner ainsi ceux et celles qui pointent les désastres humains qu’ont provoqué les coupures des dernières années en appelant à les corriger.

À ce titre, on peut penser à l’IRIS, mais également aux personnes sur le terrain qui voient leur qualité de vie diminuer face aux changements imposés par le gouvernement, ou même à la Protectrice du citoyen qui a émis un rapport accablant envers le gouvernement. Si le ministre Leitão ne nie pas les conclusions de cette dernière, il est loin de reconnaître que c’est le résultat des décisions mises en application à travers ses propres budgets qu’il défend encore bec et ongle. Qu’importe. Les dommages qui en résultent n’ont pas besoin de son assentiment pour se traduire par des coûts plus élevés dans l’avenir, tant économiques que sociaux. De surcroît, les réformes néolibérales contribuent à étouffer l’économie québécoise au moment où elle avait besoin de stimulation, la population prise à la gorge par le surendettement et l’entreprise privée encore réticente à l’investissement.

Le résultat est un État social considérablement affaibli qui s’efface derrière l’État néolibéral. Les investissements qu’on nous promet d’ici 2021 ne pourront nous le faire oublier.

Rédigé en collaboration avec Guillaume Hébert et Marie-Pier Roberge-Brouillette