Donner aux riches

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La saison budgétaire commence en force cette année. Non seulement Québec enregistrera pour une deuxième année de suite d’importants surplus (bon d’accord, l’an passé ces surplus ont été effacés en raison de l’augmentation des versements au Fonds des générations, mais il n’en demeure pas moins que la marge de manœuvre tant espérée par le gouvernement Couillard est au rendez-vous depuis un certain temps déjà), mais des baisses d’impôts semblent être à l’ordre du jour du gouvernement.

 

Plusieurs s’en réjouiront, le mythe voulant que les Québécois·e·s soient les humains les plus imposés de l’univers connu a définitivement la peau dure. Que la majorité des contribuables soient de fait moins imposés qu’ailleurs en Amérique du Nord ne change rien à l’affaire : proposer une baisse d’impôt est un peu l’équivalent de promettre le retour des belles années du club de hockey Canadiens. Qui s’y opposerait?

Cette année sera peut-être l’exception. Pourquoi? Simplement parce que, comme nous l’apprenions hier, le gouvernement libéral s’est mis en tête une baisse d’impôt pour le moins surprenante. Si depuis trente ans nous entendons une litanie incessante sur le fardeau fiscal qui écraserait la classe moyenne, M. Couillard et son équipe veulent en fait s’attaquer à l’impôt payé par les dirigeants d’entreprises.

Oui, pour les mêmes dirigeants d’entreprises qui, pour les plus riches d’entre eux, accumulent en quelques jours autant que les Québécois·e·s gagnent en un an, le prochain budget du Québec réservera de belles surprises. Québec prévoit augmenter à 50 % la déduction sur les options d’achats, donnant du même coup un nouveau cadeau fiscal à ceux profitent déjà des craques de notre régime d’imposition pour diminuer les montants qu’ils doivent au fisc, quand ils ne font pas directement transiter leurs avoirs par les paradis fiscaux. Ce nouveau cadeau privera le trésor public de 50 M$.

Honnêtement, un tel choix laisse perplexe. Mais qu’est-ce qui peut bien se passer entre les oreilles des bonzes du gouvernement? La version officielle est, pour le moins, d’une grande faiblesse. L’idée lumineuse étant de cesser de « désavantager » les dirigeants d’ici afin qu’ils ne se réfugient pas en masse en Ontario. Oui, le même argument qui a ouvert le bal des hausses sans fin de la rémunération des médecins, bien qu’aujourd’hui tout le monde reconnaisse ses limites, nous est servi pour donner des cadeaux à ceux au sommet de la pyramide sociale.   

Les mots ont leur importance lors d’une telle annonce. De la bouche du premier ministre, il souhaite mettre en place une « économie de dirigeants ». Il serait plus honnête de dire dans ce cas précis qu’il souhaite que l’économie soit au service des dirigeants.

Dans une note publiée il y a quelques années, nous rappelions que durant la décennie 2000, le 1 % a vu son taux effectif d’imposition chuter de plus de 6 points de pourcentage. Pendant la même période, l’impôt des sociétés n’a fait que piquer du nez. Certainement, les dirigeants d’entreprises ont besoin de souffler un peu!

Pendant ce temps, Montréal s’est classé en 2016 au premier rang des métropoles nord-américaines en termes de compétitivité. On se demande un peu à quel risque réel d’exode peut bien faire référence le premier-ministre ou peut-être a-t-il décidé d’être de son temps et d’embrasser la vérité alternative? Ce qui demeure toutefois, c’est que les fonds publics seront une fois de plus utilisés pour garnir les poches des plus riches. Il est difficile de trouver un meilleur exemple de détournement de l’État au profit des classes dominantes.