Changements climatiques : penser au-delà du bac vert

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Du 6 au 17 novembre prochains se tiendra à Bonn en Allemagne la Conférence de l’ONU sur le changement climatique (COP23), qui traitera de l’avancement de la mise en œuvre de l’Accord de Paris signé en 2015. L’urgence de limiter le réchauffement planétaire se fait sentir tous les jours un peu plus, à mesure que les signes de la dégradation de la planète se multiplient. L’Organisation météorologique mondiale soulignait récemment dans son bulletin annuel que la concentration de CO2 dans l’atmosphère a atteint en 2016 son plus haut niveau en 800 000 ans.

Une étude publiée en octobre dans le réputé journal médical The Lancet nous apprenait par ailleurs que « [l]a pollution environnementale, de l’air malsain jusqu’à l’eau contaminée, fait plus de victimes chaque année que toutes les guerres et toutes les violences du monde; plus que le tabagisme, la famine et les catastrophes naturelles et plus que le sida, la tuberculose et le paludisme regroupés. » Les régions du monde les plus pauvres, où l’on dénombre 92 % des décès causés par la pollution, sont celles qui sont le plus touchées par ce fléau.

Malgré l’ampleur de la crise écologique en cours, les facteurs qui font obstacle à la lutte contre les changements climatiques et à la réduction de notre empreinte écologique sont encore trop nombreux. On compte parmi ceux-ci le fait que les pays riches ressentent modérément les effets dévastateurs de leur mode de vie énergivore basé sur la consommation illimitée des ressources limitées de la planète. Pendant ce temps, plusieurs États insulaires tirent la sonnette d’alarme. Le président fidjien de la COP23 affirmait lors d’une réunion préparatoire tenue en octobre dernier : « Les enjeux pour nous sont extrêmement importants, spécialement pour nos amis des îles Marshall, Tuvalu et Karibati, dont l’existence même est menacée. Mettre en œuvre l’accord de Paris est crucial, mais pas suffisant pour nous sauver. Nous devons aussi convaincre le reste du monde d’aller encore plus loin. »

Cela dit, les nations les plus prospères sont tôt ou tard appelées à ressentir elles aussi les symptômes néfastes de la croissance infinie. Le Québec, qui exporte plus de 60 % de ses matières recyclables, s’apprête par exemple à vivre une crise du recyclage à cause de la volonté de la Chine d’arrêter d’importer plusieurs de ces matières. Conséquence d’une économie fondée sur la croissance, la gestion écologique des matières résiduelles est en train de montrer ses limites : nous produisons tout simplement trop de surplus en comparaison avec la capacité mondiale de les réutiliser.

Cela signifie qu’on ne peut plus se contenter de remplir fièrement notre bac de recyclage ; il est temps de prendre acte du fait que notre mode de vie et nos standards de consommation sont insoutenables. Toutefois, pour corriger la situation, il faut agir en amont. Nous devons nous questionner collectivement sur nos besoins et ajuster en conséquence nos modes de production, de distribution et de mise en marché. Concrètement, cela voudrait par exemple dire de favoriser par des politiques publiques les circuits courts (l’achat local) ou encore de réduire la publicité pour décourager la surconsommation.

Malheureusement, la nécessité d’entamer une transition vers une économie respectueuse des limites écologiques de la planète est une évidence qui n’est pas assez prise au sérieux. Qu’un candidat à la mairie d’une des principales villes du Québec puisse s’opposer au développement des transports collectifs, alors que le secteur des transports est un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre dans la province, montre que la force de l’inertie est chez certains plus forte que tout. Leur entêtement ne saurait cependant nous empêcher de formuler des propositions audacieuses, telles que la gratuité du transport en commun à Montréal, pour renverser la tendance actuelle. Des solutions qui, pour être « durables », n’ont pas le choix d’être structurelles.